Les poèmes et indignations d'Yvan Avena (1930-2015), poète et créateur de la galerie Art Club.
03 février 2016
26 janvier 2016
Le chat et la souris
Le chat est absent
et la souris prie;
si le chat est là
elle prie aussi;
Comme quoi toute religion a du bon...
quand tu n'as rien compris, aïe !
même le chat est saint-patron.
17 janvier 2016
Notre jardin brésilien
Notre jardin est tout petit
quelques mètres cultivés
sur plusieurs plans et degrés
jardin sur rue pour les passants
jardin intérieur pour l´intimité
et pour quand il pleut à verse
et que souffle très fort le vent
quelques fleurs en pots
pour chasser la tristesse.
Mais notre petit jardin
ce minuscule jardin de poupées
est une forêt amazonienne
dense, touffue, envahissante,
pleine d´arbres et de plantes
de massifs et de haies
aux parfums saisissants
comme du Chanel renversé
car à Goiânia il fait chaud,
ici l´été dure toute l´année.
Notre petit jardin est aussi
est un lieu de rencontre
pour les fleurs et les papillons
pour les abeilles et les bourdons
et pour de légers colobris
visiteurs de corolles variées
aussitôt arrivés ils s´enfuient.
Nos arbres toujours verts
accueillent tous les matins
une nuée de bavards perroquets
et le scandaleux “bentiviii”...
pendant que de fines tourterelles
font un petit nid sous la tonnelle
et de nombreux oiseaux de passage
aux trilles gaies de canaris
ou aux plaintes de bandonéon
chantent, s´interpellent, crient,
comme dans une forêt sauvage
au centre même de l´Amazonie.
C´est un infime jardin
qui déborde sur le trottoir
et qui sert de cachette
aux timides lézards
aux escargots aux insectes
et à notre rusé chat noir.
Ne me demandez pas
le nom des plantes
ni celui des oiseaux
notre chat s´appelle Charlie
notre maison n´a pas de numéro
parfois c´est mieux ainsi
quand on est deux et on s´aime
depuis plus de quarante ans
en Amazonie ou à Paris
car quand ont s´aime vraiment
tous les jardins sont des paradis.
11 janvier 2016
Quand il tombe des bombes
Quand il tombe des bombes
sur les tombes des morts
et il n'y a point de remords
car les autres ont tort
quand les bottes brillent
comme l'or
et marchent au pas au pas au pas...
alors
les hommes simples
tremblent au nom de la patrie
et de la liberté
au nom des plus forts
et quand les bombes tombent
et tombent
et quand il pleut du sang et des yeux
alors
alors il n'y a plus de ciel bleu
et tout le monde a tort
tout le monde a tort
quand il pleut la mort.
07 janvier 2016
Aux poètes morts
Les poètes
ne se sentent jamais seuls
dans leur tombe
ils peuvent enfin parler
sous terre les langues
poussière de soleil
poussière d´étoiles
avec Dante et Homère
avec Goethe et Hugo
avec Maïakovski et Vallejo
avec Whitman et Bellman
avec Aragon et Wang An Shih
avec Neruda et Alberti
sans oublier David M. Diop et
Césaire bien qu´il soit encore vivant.
Ils peuvent parler au vent
poussière de soleil
poussière d´étoiles
et aux poétesses de tous temps
Sappho, Al-Khansa et Edith Södergran
et surtout à Gabriela et à Alfonsina
dans les vagues de l´océan.
La langue n´est plus un obstacle
quand on dort
d´une belle mort
et la poésie est universelle
quand la terre vous protège du temps
et vous n´êtes plus que
poussière de soleil
poussière d´étoiles.
31 décembre 2015
L´amitié...
J'ai déjà signalé que le poète argentin Raúl Gustavo Aguirre disait que “le plus important de la poésie ce sont les amis”. Parmi ceux qu'ils qualifiaient d'amis il y avait tout le groupe de “poesía buenos aires” : Nicolás Espiro, Wolf Roitman, Edgard Bayley, Rodolfo Alonso, Mario Trejo, Omar Rubén Aracama, Jorge Carrol, Luis Yadarola et aussi Daniel Saidón, Carmelo Arden Quin, Juan Carlos Paz, Jorge de Souza sans oublier les étrangers comme René Ménard, Carlos Drummond de Andrade et René Char et j'arrête là car, si je continuais la liste de tous les amis de Raúl Gustavo Aguirre et de la revue “poesía buenos aires”, je remplirais plusieurs pages. J'en ai connu plusieurs...
Quant à l´amitié de ceux qui m'aidèrent, pendant plus de trois quart de siècle, à traverser la forêt, pleine de dangers et de pièges, qu'est une vie de voyages et de découvertes, je leur offre toute ma reconnaissance. Merci les amis ! Merci ! Ils sont tellement nombreux qu'il me faudrait plusieurs années et plusieurs livres pour leur rendre hommage. A chaque étape de ma vie j'ai rencontré des gens biens, des gens généreux, des compagnons de route qui m'ont enseigné ce qu'on ne trouve pas dans les livres ni à l'école ni à l'église : l'expérience de la vraie vie. Oui, ils m'ont appris ce que les parents cachent, ce que les enseignants n'ont pas le droit de dire, ce que les prêcheurs religieux dissimulent : l'inextricable complexité des relations humaines ! C'est dans le contact affectif avec les autres, c'est dans les échanges, c'est dans l´amour et aussi dans la haine que nous portons aux autres qu'on trouve nos repaires, nos forces et aussi... nos propres limites.
27 décembre 2015
La 3ème guerre mondiale selon Nostravenius
La 3ème
guerre mondiale, je l'ai déjà dit, sera chimique. Plus par les
restrictions que par l'utilisation des armes. Sans engrais et sans
pesticides la moitié de la population des pays développés crèvera
de faim. Sans carburant pour les véhicules et les tracteurs
l'autre moitié souffrira de multiples restrictions qui réduira
très vite, dans les villes, l´espérance de vie à 25 ans (comme au
temps de l´empire romains). La violence criminelle sera
effroyable. Seuls les gens armés et organisés pourront sortir de
la ville pour se procurer, par n'importe quel moyen, de la nourriture
et de l´eau potable. Les paysans producteurs de denrées
alimentaires devront construire de solides murs pour protéger
leurs récoltes et leur bétail des bandes de pillards affamés. Ils
devront également, pour se défendre, entretenir des soldats
courageux et bien armés pour repousser, comme au moyen âge en
Europe, les assaillants. La suite probable nous pouvons l'apprendre
dans n'importe quel livre d'histoire !
19 décembre 2015
Quand
Quand les flics ne tapent plus
sur les ouvriers et les étudiants
quand les militaires rêvent de paix
à l´ombre douce du printemps
quand les ministres les patrons
les décideurs ne décident plus
et rêvent de participation
de démocratie et d´égalité
quand les technocrates inventent
la simplicité de la solidarité
et l´homme de la rue sourit.
Quand la forêt est un jardin
et chaque branche porte un nid
quand pousse le jasmin
au bord de chaque ruisseau
d´eau claire et pure
comme l´air d´un flûteau
alors,,,
l´humanité a trouvé son chemin.
10 décembre 2015
Je suis mort plusieurs fois
Je suis mort
le jour de ma naissance
d´une hernie de l´oreille droite
et depuis je boite
et je danse.
Je suis mort
à l´âge de six ans
dans un camion de déménagement
et j´ai perdu les roseaux
et mon chien zozo
et mon chat gribouille
et toutes les grenouilles
de l´étang
de mes souvenirs d´enfant.
Je suis mort
de nouveau à dix ans
au son de la sirène
d´alarme
dans la cave du gendarme
et du bourreau
à l´odeur de moisi
et de sirène
du bateau
qui s´enfuit
parmi les blanches vagues
vagues et vogue
dans la nuit
mon petit matelot.
Je suis mort
encore une fois
en mille neuf cent quarante trois
dans un éclat de voix
et un bris de verre
et chacun s´en alla
vers son destin
l´un vers la ville
l´autre vers la terre
chacun son petit chemin
sans regret
et sans mystère
et moi
dans ma poche
mes billes
ma souffrance et ma misère.
Je suis mort
en regardant passer le train
du pont le plus proche
en mastiquant mes larmes
et mon chagrin
et un mur dans les yeux
et un mort dans les mains
à dix sept ans
on n’est rien
on est moche
à dix sept ans
l´amour nous tient
et nous fauche.
Je suis mort d´amour
ô combien de fois
dans mon long parcours
et chaque matin
une jeune et innocente fée
me faisait rêver
au lendemain
et chaque soir
elle devenait
ignoble catin
face au miroir.
Je suis mort
un dimanche de pluie
je suis mort chaque lundi
et je suis mort
jusqu´au samedi compris...
Je suis mort
tout le long de ma vie
et même mon bonheur
fut souvent tâché
par la boue et le bruit
de tous les dégoûts
qui m´ont peu à peu
grignoté et détruit
et pourtant
j´écris
et j´aime
donc je vis.
26 novembre 2015
Guerre
La violence des mots
de guerre
et de haine de l'inconnu
d'en face
que nous assassinons
avant même de nous connaître
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