17 novembre 2011

La pie voleuse

La femme du banquier perdit
son plus beau diamant
l´après-midi d´un lundi ;
le suspect fut son amant...

Mais la grande voleuse était une pie.

Si vous partagez votre lit, aïe !
Fermez la fenêtre et soyez prudent.

13 novembre 2011

Les blancs en Afrique

Il y a plusieurs sortes de blancs en Afrique . Il y a ceux qui savent tout et méprisent les noirs, ceux qui veulent s’intégrer à la culture indigène et se marient avec des africaines, ceux qui veulent transformer les noirs en petits blancs travailleurs et économes et ceux qui viennent en Afrique dans le seul but de faire des économies pour faire construire une maison dans leur ville et s’acheter une grosse mercédès. Peu de blancs viennent pour essayer de comprendre la réalité africaine.
Certains experts, d’organismes internationaux, arrivent avec des projets préfabriqués dans leurs ordinateurs portables. C’est à prendre ou à laisser ! Elaboré et décidé en haut lieu, ce n´est pas négociable. Les blancs savent ce qui convient le mieux aux peuples noirs. D´ailleurs les responsables africains ne discutent même plus le contenu des projets. Tout au plus ils s’inquiètent sur la durée et le nombre de voitures qu´ils pourront récupérer quand les blancs seront partis.

Les micro-projets des ONG sont réservés aux villages isolés à l’intérieur du pays, là où les Ministres ne vont jamais. Les chefs des villages désignés, pour ne pas avoir de problèmes avec les autorités, acceptent de cultiver des tomates, des carottes et des choux - qu´ils donneront plus tard, aux chèvres -. Dans ce but les chefs désignent quelques jeunes, qui doivent accompagner et protéger le "coopérant" blanc pendant tout son séjour. Les jeunes assistants noirs, étant toujours d´accord avec tout ce que propose le blanc, il partira deux ans plus tard, persuadé qu´il a apporté le progrès en Afrique et une solution au problème de la famine.

12 novembre 2011

Les artistes créatueurs

De remise en question
en restructurations profondes
la montagne du doute
mord de ses longues dents
la pomme verte et carrée
inondée de sueur et de sang
parmi ombre et mystère
illusion trop éphémère
d´un paysage intérieur lointain
qui accable l´artiste créatueur
de l´avant-garde de demain.

03 novembre 2011

La vie

C'est la vie !
Répètent sans cesse les survivants
de la nuit.

C'est la vie
quand tout va mal
et quand il pleut à torrents
sur le trottoir gluant
de la déchéance
sans amour
sans espoir
et la crasse la crasse
qui vous bouffe la vie.

C'est la vie !
Quand on tombe dans le ruisseau
gris de la dernière pluie
l'alcool qui vous sert de lit
qui vous sert d'oubli
sans un toit
sans amis
et la crasse la crasse
qui vous bouffe la vie.

D'ailleurs :
Est-ce vraiment une vie ?...

30 octobre 2011

Les travailleurs africains !

Parmi les nombreux défauts et vices attribués aux Africains il y a la paresse ! C´est probablement l’une des contre-vérités les plus répandues par les colonisateurs : la proverbiale fainéantise des noirs !

C´est un fait que partout où il y a, en Afrique, des activités modernes c´est l’oeuvre des blancs. Les plantations, les industries minières, l´extraction du pétrole, les transports, les routes et les ports étaient créés par des entreprises européennes. D´ailleurs, lors de la décolonisation, quand les blancs sont partis, peu de ses réalisations survécurent. Un Ministre marocain aurait dit, il y a quelques décennies : "L´Afrique commence là où l’entretien des machines s’arrête !". Donc les noirs seraient non seulement paresseux, mais incapables d´entretenir la technologie que les blancs leur apportent....

Quand j’ai pris, en Guinée-Bissau, la direction du chantier tout était commencé mais rien n’était fini. Pourtant il y avait trois techniciens français expérimentés pour réaliser le montage des installations. Une quinzaine de noirs les assistaient. La plupart étaient illettrés et ne parlaient pas le français. Deux des ouvriers, un mécanicien et un électricien, qui avaient appris le français sur le tas, se chargeaient de transmettre les ordres. Une de mes premières interventions autoritaires, auprès d’un technicien français, fut pour exiger qu’il n’insulte pas les ouvriers quand ils ne comprenaient pas les ordres.. Bien que mon intervention ait eu lieu dans mon bureau, je pense que les ouvriers africains ont senti le changement. Jamais il y avait eu, en Guinée-Bissau, une équipe de travailleurs plus performante et dévouée.

22 octobre 2011

J’affirme et je n’en sais pas plus que vous

J´affirme du haut de mon âge
que si le mur de Berlin
était une honte
comme disait unanimement la presse
des pays libres
le mur de Tijuana
est une triple-honte
que la presse “libre” oublie de dénoncer.

Alors moi, infime poète,
j´affirme que partout où il y a des murs
qui empêchent de circuler
c´est qu´il y a quelque chose
de honteux à cacher.

J´affirme qu´il y a des pays riches
qui dépensent beaucoup plus
pour défendre leur mur
que pour l´aide humanitaire
qu´ils pourraient apporter
aux quelques malheureux
qui veulent le franchir.

J´affirme que partout où il a des murs
qui séparent les hommes
il y a les premiers signes
de la fin d´une civilisation

Je sais que ceci n´est pas un vrai poème
mais qu´est-ce que je me sens bien !

10 octobre 2011

Etre ingénieur en Afrique !

On dit qu’un spécialiste est quelqu’un qui sait tout sur rien et un généraliste quelqu’un qui ne sait rien sur tout ! En Afrique, si vous voulez exercer dignement votre métier, vous devez savoir tout sur tout. Vous trouverez difficilement, sur place, des experts pour vous orienter. Chaque jour vous serez confronté à de multiples problèmes - souvent insolites et même inconcevables en Europe. - et vous serez néanmoins sévèrement jugé, par vos employeurs et par vos partenaires africains, sur le résultat de vos initiatives.

Simple ingénieur vous devrez devenir, en Afrique, planificateur, maître d´oeuvre, chef de chantier, instructeur et bien d’autres choses tout en développant et en affinant vos qualités de négociateur et de diplomate. C’est en particulier la maîtrise de ces deux dernières techniques qui déterminera votre succès ou votre échec.

Si vous construisez un hangar et qu’il s’écroule, lors d’une tempête, on l´attribuera à la mauvaise chance et on saura vous excuser. Mais si vous humiliez, un tant soit peu, un responsable africain rien ne vous sera plus jamais pardonné. Toutes les connaissances techniques, qui auront fait votre prestige en Europe, deviendront à leur yeux tout à fait inutiles et méprisables. En Afrique la courtoisie, la politesse et le respect du protocole passent au-dessus de toute autre considération.

Il serait parfois utile que certains blancs qui se croient importants, de par leur fonction ou parce qu’ils apportent "de l’aide", séjournent quelque temps dans un village de brousse africain, pour apprendre les rudiments de la vraie politesse.

08 octobre 2011

Lula!

Ce n’est pas sérieux
non, ce n’est pas sérieux
de vouloir être le Président
d’un immense pays
en étant…
un simple ouvrier
et s’appelant : Lula !

Voyez-vous
chez nous
on porte costume et cravate
on s’appelle Monsieur
et on sort des Grandes Ecoles
et on est certes moins drôles :
nous sommes des gens sérieux.

Chez nous on ne rit pas
Monsieur
non, on ne rit pas
quand on veux être Chef d’Etat.

Néanmoins, voyez-vous,
dans les discours sérieux
de nos très sérieux dirigeants
on parle parfois des pauvres
ou de l’environnement
on dit même : il faut, il faut…
Puis on passe à autre chose
car ce n’est jamais urgent.

Quand j’étudie
les chiffres et les faits
des uns et des autres
et je fais le bilan
des années Lula,
Président d’un pays émergent
de carnaval et de samba,
je découvre des résultats
encourageants
Pour les travailleurs
et pour les « favelas »
et, malgré la hargne
des riches et des puissants,
le peuple crie : Vive et Vive Lula !…

Pendant que
chez les gens sérieux
bien formés et informés
portant costume-cravate,
le peuple des oubliés
de la richesse et du progrès
déçu par tant de fausses promesses,
ne sait plus pour qui voter !…

Car chez nous, Monsieur,
on ne rit pas ;
oh non, on ne rit pas !…
on menace et on punit.

Mais pour qui donc voter
dans ce beau pays de liberté ?…

27 septembre 2011

A CEUX QUI N’ONT RIEN INVENTE

A ceux qui n’ont rien inventé
la roue
l’écrou
et le triple verrou
à ceux qui n’ont pas inventé
la poudre
la foudre
et la machine à coudre
à ceux qui n’ont pas inventé
le galion
l’avion
et la chair à canon
à ceux qui n’ont pas inventé
la priorité
la rentabilité
et la liberté des marchés
à ceux qui n’ont pas inventé
les horaire les honoraires
et leurs fidèles mercenaires
à ceux qui n’ont pas inventé
à ceux qui n’ont rien demandé
à ceux qui n’ont toujours rien
à ceux qui ont encore peur et faim.

(hommage à Frantz Fanon)

LES POEMES DU GEBA, Bissau 1991

24 septembre 2011

Les vautours et les rats

Guinée-Bissau
mon cœur pleure pour toi
Guinée-Bissau
de tout ce que je vois
je vois défiler des technocrates
avec leur costume gris
et leur cravate
et leur serviette
pleine d’idées toutes faites
je vois défiler des bureaucrates
avec leur costume gris
et leur cravate
avec leurs formulaires
pour classer toute la misère
je vois
je vois
des vautours et des rats
je vois
défiler des diplomates
avec leur costume gris
et leur cravate
avec leur discours compassé
pour faire semblant d’exister
je vois
des technocrates
des bureaucrates
des diplomates
défiler avec des dossiers
au lieu de cœur
avec du papier
au lieu de fleurs
je les vois défiler
à la lueur fanée
des dossiers sous le bras
et leur sourire gras
toujours plus gros
toujours plus faux
toujours plus de papier
pour tout justifier
et surtout leur termitière
suivez suivez la filière
et voici et voilà
tu en trouveras
partout des vautours et des rats
qui se nourrissent de carrière
de discours sur la misère
et de mauvaise foi

LES POEMES DU GEBA, Bissau 1991