15 mars 2007

La violence tranquille du monde

Le monde m´arrive
par l´encre du journal.
Gabriel Nascente


Chaque jour la télévision
apporte dans mon salon
des tombereaux de cadavres
comme au coeur du moyen-âge
quand sonnait le tocsin
pour annoncer les mariages
et l´arrivée des paysans voisins
armés de fourches et de faim
tuant violant brûlant pillant
pour quelques morceaux de lard
pour quelques miches de pain
et pour le bonheur des rats
de la peste et du choléra.

Je dis bravo à la civilisation
que m´apporte la télévision
loin de tout danger
sur mon fauteuil préféré
bravo pour l´efficacité
bravo la technique
pour une image claire
de violence et de guerre
qui tue des enfants et des mères
et même parfois des terroristes
en peu de temps
très proprement
car tout le monde le sait
le temps c´est de l´argent
et la misère Dieu que c´est triste !

Bravo pour la civilisation
que vive la démocratie
et la liberté sans exclusion
le moyen-âge est bien fini
les cafards et les rats
sont absents de l´écran
les morts sont couverts d´un drap
et les soldats sont enterrés en Amérique
pour sauver, ohé ! l´occident ;

les gens neutres et apolitiques
peuvent continuer à dormir tranquillement.

Goiânia, février 2007

11 mars 2007

Le poète qui vous parle (2)

Chaque fois que je regarde mon blog je suis surpris de voir qu´il est visité par des gens du monde entier. Des visiteurs discrets, furtifs, anonymes, attirés par le mot “poète” ou simplement des curieux qui cherchent un dialogue ? Comment le savoir ? J´arrive même à croire que certains mots de mes poèmes politiques comme injustice, bombes qui tuent les enfants “d´ici ou d´ailleurs”, mur de Tijuana ou “haute rentabilité / haute criminalité” attirent l´attention des services de sécurité de pays en guerre à la recherche d´éventuels terroristes !
Il y a quelques années les “ennemis de la démocratie” étaient les “communistes” qui étaient, je le rappelle, persécutés, emprisonnés, torturés et assassinés par la police politique de certains pays pour protéger “la liberté et les valeurs chrétiennes de l´occident”. Dans cette chasse à l´homme beaucoup de poètes latino-américains y ont laissé leur vie. Mais étaient-ils pour autant de dangereux terroristes ? J´aimerais savoir ce que diraient aujourd´hui, ces poètes disparus, sur les nouveaux kamikazes qui se font sauter dans des lieux publics tuant femmes, enfants et même parfois leurs propres frères ?
Où sont donc au XXIème siècle les poètes qui dénoncent, avec force et indignation, la croissance de la violence partout dans le monde de l´après communisme? D´ailleurs où sont passés tous ces dangereux communistes qui menaçaient, un couteau entre les dents, le mode de vie et les croyances des bons chrétiens ?...Est-ce mieux aujourd´hui, plus rassurant pour les peuples dit “démocratiques”. Les poètes ont-ils plus de liberté de parole ? Sont-ils plus diffusés, plus respectés ?
Qu´en pensent donc les lecteurs de mon blog ?

Goiânia, février 2007

08 mars 2007

Le poète qui vous parle (1)

Les poèmes que vous offre mon blog essaient, depuis longtemps, de donner une réponse à la question suivante : A quoi sert la poésie ?...
Oui, à quoi peut-elle bien servir la poésie si elle n´est pas profondément ancrée dans la réalité du monde dans lequel nous vivons ? A quoi sert une poésie fine et intimiste, dans un monde où chaque acte de notre vie est fortement conditionné et emprisonné par une propagande commerciale outrageuse, dès l´enfance ? A quoi sert une poésie bucolique dans une nature polluée et empoisonnée jusqu´à l´os par la rentabilité productiviste ? A quoi bon parler d´amour dans une société d´égoïstes forcenés où un mariage sur deux finit en divorce, parce que nous ne savont plus construire ensemble des rêves généreux et des rapports affectueux ? Oui, à qui est destinée toute cette poésie “lyrique”, nombriliste et obscure qui inonde les revues de poésie ?...
Quelle est donc la finalité de cette poésie incolore, larmoyante et hors du temps qui ferme les yeux aux guerres, aux injustices, aux pillages, au malaise et aux souffrances des hommes et qui ne cherche même pas à se poser des questions sur les causes du mal ? Une poésie neutre, apolitique et désincarnée qui n´a bientôt plus de lecteurs car elle n´a rien a dire de nouveau, de sensible, d´essentiel, qui puisse nous intéresser. Une poésie qui semble parfois écrite sur une autre planète par des êtres lobotomisés qui ne savent plus ni aimer ni haïr.
C´est ce que j´essaie d´éviter dans mes poèmes et dans mes choix de poètes étrangers : la banalité du déjà lu, l´inconsistance et l´ennui qui découle de la poésie sans but humain, sans révolte. Ce qui me semble évident ne l´est pas pour tous. Nombreux intellectuels disent encore, en France, que la poésie avec un contenu social ce n´est pas de la poésie et qu´il faut suivre les règles !
Moi j´affirme, avec Maïakovski, que : “C´est justement l´homme qui crée les règles poétiques qui s´appelle poète” même s´il est parfois le seul à y croire. Non, ce ne sont jamais les conventions littéraires admises par tous qui font la bonne poésie. Quand il y a seulement imitation, répétition et pas d´engagement il n´y a plus d´art, il n´y a plus de poésie y il n´y a plus d´humanité.
Vive la révolte dans l´art ! Elle est le carburant de la vraie poésie.

à suivre...

Goiânia, février 2007

04 mars 2007

Il pleut
















Il pleut dru
une vraie pluie tropicale
qui tombe et tombe
- ne riez pas -
de haut en bas
comme une rivière
avec des poissons ailés
et des forêts de fougère
dans l´éclat des éclairs
qui éclairent
le vraooum du tonnerre
qui pète et vocifère
toute sa rage
et qui déchire les nuages
et fait trembler les pierres
et les vagues rouges
de toutes les mers
du fond de la terre.

Il pleut
des fleuves bouillonnants
qui forment des torrents
larges comme des océans
- ne riez pas -
ça tombe de haut en bas
ça tombe du ciel
vraooum
tout naturellement
comme la guerre
le chômage et la misère
chez les chrétiens et les musulmans

Goiânia, février 2007

28 février 2007

Un urbanisme humain, est-ce trop demander ?















Est-ce trop demander
que de vouloir des villes heureuses
des villes fleuries
aux larges trottoirs ombragés
conçus pour flâner
pour se rencontrer
chez le boulanger-pâtissier
où les petits pains sont chauds
et le café est gratuit ?
Est-ce une utopie
de vouloir dans notre quartier
un marchand de fruits tropicaux
et de légumes frais
et un boucher-épicier souriant
qui livre à domicile
pendant que vous rentrez
chez vous tranquillement à pied
traversant un parc fleuri et arboré ?
Est-ce tellement difficile
d´imaginer notre petite réalité ?
Faut-il être goianiais
pour concevoir des villes
à visage humain
sans caméras sans police
pour vous dévisager à chaque coin
comme un présumé terroriste?
Faut-il allez vivre si loin
pour trouver des avenues
sans l´odeur étouffante
du pétrole mal distillé ?
(l´alcool brûlé dans les moteurs
sent la crêpe flambée).
Faut-il venir au Brésil
pour trouver des capitales qui offrent
110 mètres carrés - Brasilia -
d´espaces verts par habitant ?
Mais dans cet immense pays
de forêts sauvages il y a aussi
de très grandes villes
où il n´y a que 6 mètres carrés
de poumon vert pour respirer ;
c´est là d´ailleurs où s´implantent
s´agglutinent se répandent
les plus grosses entreprises étrangères
qui peuvent payer largement
des architectes-urbanistes à leur image
rationnels inhumains suicidaires
et ils font ce qu´ils savent faire :
de grands ensembles dortoir-dépotoir
à haute rentabilité
à haute criminalité
faites pour tuer toute lueur d´espoir.
Un urbanisme humain pour prolétaires ?...
Aïe ! Ce n´est plus vert-écolo :
c´est rouge-révolutionnaire !


Goiânia, février 2007


24 février 2007

Théorie de la littérature

Pour une certaine catégorie d´intellectuels la poésie est essentiellement un dérèglement du langage établi et, à ce titre, elle doit être regardée comme une forme de déviation sémantique suspecte. Pour d´autres il s´agit d´un alignement, plus ou moins harmonieux, de mots et de pensées hautement spirituels, dignes d´attention pourvu qu´ils respectent les règles grammaticales. D´autres encore nous expliquent que ce qui est important n´est pas ce qui est dit, mais ce qui se cache derrière les mots. Mais le fin du fin, l´excellence, le Nirvâna, c´est quand ce qui est caché dans le poème est vide de sens, vide de contenu, vide de tout engagement car alors nous entrons dans le vénéré domaine de la poésie “pure”. Plus le poète est abscons plus “pur” il est considéré.
Parallèlement, ces milieux intellectuels hautement raffinés, cultivés et établis, qui se délectent dans la recherche de sens cachés de mots qui ne veulent rien dire, s´acharnent, sans relâche, à dénigrer la poésie engagée qu´ils assimilent, quelque soit sa valeur littéraire, à de la propagande. Ce sont ces théoriciens qui ont décidé un jour que “l´on ne fait pas de la bonne poésie avec des bons sentiments”. Comme si le fait de n´avoir pas de sentiments - ou pire encore : de les cacher... - était une garantie de bonne poésie. Comme si le fait d´être attentif aux misères et aux espoirs des hommes de son temps était un obstacle pour écrire de la bonne poésie.
J´affirme ici que, si l´engagement social ne fait pas nécessairement de bons poètes, l´égoïsme et l´indifférence seront jamais de bon ingrédients pour la vraie poésie.

Goiânia (janvier 2007)

20 février 2007

La grande poésie

La grande poésie
est faite
d´un grand nombre
de petites poésies
de poésie honnête
bien faite
par de petits poètes
de bonne volonté
qui par addition
ou par adhésion
deviendront un jour
peut-être
de vrais grands poètes
mais ils ne le sauront
jamais
car la vraie poésie
la poésie immortelle
la divine poésie
reste un mystère
infini et maudit
puisque personne ne sait
reconnaître avec certitude
la vraie grande
poésie
sauf peut-être
quelques rares poètes
pleins de doute
sur la poésie
d´aujourd´hui

Goiânia (janvier 2007).
















Pierre de Freitas
Gouache sur papier

13 février 2007

J’affirme et je n’en sais pas plus que vous

J´affirme du haut de mon âge
que si le mur de Berlin
était une honte
comme disait unanimement la presse
des pays libres
le mur de Tijuana
est une triple-honte
que la presse “libre” oublie de dénoncer.

Alors moi, infime poète,
j´affirme que partout où il y a des murs
qui empêchent de circuler
c´est qu´il y a quelque chose
de honteux à cacher.

J´affirme qu´il y a des pays riches
qui dépensent beaucoup plus
pour défendre leur mur
que pour l´aide humanitaire
qu´ils pourraient apporter
aux quelques malheureux
qui veulent le franchir.

J´affirme que partout où il a des murs
qui séparent les hommes
il y a les premiers signes
de la fin d´une civilisation

Je sais que ceci n´est pas un vrai poème
mais qu´est-ce que je me sens bien !


Goiânia (janvier 07)





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07 février 2007

Saison des pluies

Ploc ploc ploc
ne voilà-t-il pas qu´il pleut
sur notre tapis afghan !

Puis l´eau descend
comme un agile serpent
sur la tige du ventilateur
et la lampe centrale
devient un aquarium-fleur
pour mouches hydrocéphales !

Ploc ploc ploc
la pluie en furie
poussée par le vent
tape sur la fenêtre meurtrie
coule sur le mur
et sous le divan
vers les marches de l´escalier.

Ploc ploc ploc
c´est le plombier
mais ce n´est pas son travail
nous dit-il de réparer les excès
de vieux anges incontinents
quand le ciel couvre la chaussée
et dévale comme un torrent
d´eau de boue et parfois pire

la saison des pluie est arrivée
et elle n´est pas là pour rire !

Goiânia (janvier 2007)

03 février 2007

Notre jardin brésilien

Notre jardin est tout petit
quelques mètres cultivés
sur plusieurs plans et degrés
jardin sur rue pour les passants
jardin intérieur pour l´intimité
et pour quand il pleut à verse
et que souffle très fort le vent
quelques fleurs en pots
pour chasser la tristesse.

Mais notre petit jardin
ce minuscule jardin de poupées
est une forêt amazonienne
dense, touffue, envahissante,
pleine d´arbres et de plantes
de massifs et de haies
aux parfums saisissants
comme du Chanel renversé
car à Goiânia il fait chaud,
ici l´été dure toute l´année.

Notre petit jardin est aussi
est un lieu de rencontre
pour les fleurs et les papillons
pour les abeilles et les bourdons
et pour de légers colobris
visiteurs de corolles variées
aussitôt arrivés ils s´enfuient.
Nos arbres toujours verts
accueillent tous les matins
une nuée de bavards perroquets
et le scandaleux “bentiviii”...
pendant que de fines tourterelles
font un petit nid sous la tonnelle
et de nombreux oiseaux de passage
aux trilles gaies de canaris
ou aux plaintes de bandonéon
chantent, s´interpellent, crient,
comme dans une forêt sauvage
au centre même de l´Amazonie.

C´est un infime jardin
qui déborde sur le trottoir
et qui sert de cachette
aux timides lézards
aux escargots aux insectes
et à notre rusé chat noir.

Ne me demandez pas
le nom des plantes
ni celui des oiseaux
notre chat s´appelle Charlie
notre maison n´a pas de numéro
parfois c´est mieux ainsi
quand on est deux et on s´aime
depuis plus de quarante ans
en Amazonie ou à Paris
car quand ont s´aime vraiment
tous les jardins sont des paradis

Goiânia (janvier 2007)


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