12 juillet 2008

Les pensées sans arrières pensées d´un poète














Autogestion disait-on ! Ed. P.U.F./ Cahier de l´I.U.E.D. (Genève) - Ouvrage collectif (1988)

Jean-Marie Moeckli cite Albert Meister

- (...) Je veux croire qu´on cessera de parloter de culture et qu´on lira Albert Meister : “Aussi beaux soient-ils, les tableaux et les poèmes ou le graphisme gestuel de la danse ne constituent pas à eux seuls la culture. Il faut encore la fraternité, l´amitié. Et peut-être que les poèmes et toutes autres productions dites culturelles ne sont que des moyens pour arriver à aimer.”
L´action culturelle doit “permettre à chacun de construire sa propre culture, à partir de son propre vécu et selon des cheminements autonomes.”
“Je demeure un homme du siècle passé, incapable d´assumer la rationalité de notre société actuelle, et rebelle à la maîtrise et à la superbe de ses décideurs.”
Albert Meister récuse toutes les explications qui reposent uniquement sur l´héritage historique et collectif, sur le “retard” économico-social ou sur l´incapacité culturelle des populations (du tiers-monde).

Note : Meister pense même que le refus d´adaptation, des populations du tiers-monde, aux méthodes et aux buts de la “coopération” internationale est une forme de défense de leur autonomie. Souvent la culture des populations soit-disant “sous-développées” est plus profonde et plus ancienne que celle qu´apportent les experts et les conseillers techniques internationaux.

07 juillet 2008

Les pensées sans arrières pensées d´un ancien coopérant














Une Afrique en Marche” par Pierre Pradervand - Ed.Plon.
-”Comment parler de la richesse de l´Afrique sans mentionner la qualité unique de son hospitalité ? Pour le visiteur de passage, aussi fortuné soit-il, le plus pauvre parmi les pauvres donnera son dernier oeuf, tuera son dernier cabri ou l´unique mouton dans sa cour, lui laissera son seul lit, et lui donnera tout son temps...”.

Note : Je cite ce bref passage d´un livre d´un coopérant technique en Afrique. Un très beau livre qui dénonce certaines des absurdités de la coopération française et internationale. Malgré d´énormes moyens financiers et techniques, cette coopération a échoué. Et elle a échoué car elle n´a pas voulu prendre en considération la spécificité de la culture africaine : Elle est, traditionnellement, une société de don et de partage et non pas d´accumulation. La France - dont le budget de coopération était, dans les années 80, de 6,5 milliards de francs par ans (± 1 milliard d´euros) - n´a guère enrichi les paysans africains, par contre elle a apporté beaucoup de désordre et de faux besoins dans les villes.
Ce n´est guère mieux en France avec le gros budget de la culture. Il n´a servi qu´à employer une armée de fonctionnaires (15.000 !!!), à financer l´entretien des bâtiments historiques et à créer des musées. Par contre toute la création moderne, notre avenir, a été très peu soutenue. Doit-on conserver des structures d´Etat qui sont incapables d´assumer correctement leur mission ?

06 juillet 2008

L’humanité couleur pétrole
















Chaque fois que la haine
remplace la raison
chaque fois que la religion
développe la haine.

Chaque fois que les menaces
remplacent le dialogue
chaque fois que la violence
remplace le compromis

Chaque fois que les plus forts
écrasent les plus faibles
chaque fois qu’un peuple
devient l’otage de la faim.

C’est le prix à payer
me dit le pompiste
pour que vos voitures
roulent il faut des morts

Aujourd’hui la civilisation
a la couleur du pétrole
demain les morts
iront à pied
chez le pompiste

03 juillet 2008

David Mandessi Diop (1927-1961) Sénégal















Les vautours

En ce temps-là
A coups de gueule de civilisation
A coups d'eau bénite sur les fronts domestiqués
Les vautours construisaient à l'ombre de leurs serres
Le sanglant monument de l'ère tutélaire
En ce temps-là
Les rires agonisaient dans l'enfer métallique des routes
Et le rythme monotone des Pater-Noster
Couvrait les hurlements des plantations à profit
O le souvenir acide des baisers arrachés
Les promesses mutilées au choc des mitrailleuses
Hommes étranges qui n'étiez pas des hommes
Vous saviez tous les livres vous ne saviez pas l'amour
Et les mains qui fécondent le ventre de la terre
Les racines de nos mains profondes comme la révolte
Malgré vos chants d́orgueil au milieu des charniers
Les villages désolés l'Afrique écartelée
L'espoir vivait en nous comme une citadelle
Et les mines du Souaziland à la sueur lourde des usines d'Europe
Le printemps prendra chair sous nos pas de clarté.

(Coup de pilon - Ed. Présence Africaine 1956)

29 juin 2008

Le poète qui vous parle...de son chat































L´histoire de notre chat noir n´est peut-être pas ce qui peut passionner le plus les lecteurs de poésie de mon blog. Un chat est un chat. Mais Charlie n´est pas un chat sans histoire. Charlie est né sur le trottoir de notre maison, à l´abri des plantes d´agaves de la bordure. Comment a-t´il survécu les premiers mois, sous la pluie torrentielle de l´hivernage brésilien, c´est un mystère. Certainement sa mère, sauvage et méfiante, venait la nuit l´allaiter. Il est venu vers nous vers l´âge de trois mois. Mon épouse préférée qui rêvait d´avoir un chat, le prit dans ses bras et ils s´adoptèrent pour la vie.
Charlie qui est maintenant un membre important de la famille participe à toutes nos activités. C´est un chat extrêmement familier et sociable. Sociable mais aussi indépendant. De temps à autre il disparaît dans les plantes tropicales de notre jardin ou alors il grimpe, comme un singe, sur un arbre ou sur le mur qui clôture notre maison. Deux fois par semaine, quand vient le jardinier, il fait le tour de la propriété (200 m2 !) et souvent il est arrosé avec les plantes sans montrer la moindre gêne. Ça doit lui rappeler son enfance sous la pluie...
La nuit et quand nous nous absentons il dort sur un fauteuil de la véranda mais, parfois, il choisit un large récipient mexicain qu´il remplit de son corps souple. Je dis alors que Charlie est dans sa soupière. Dans la journée toute la maison lui appartient. Il change souvent de lieu de repos pour sa longue sieste. Quand il choisit un de nos lits il évite l´oreiller car il sait qu´il n´y pas droit,.seul le pied du lit est autorisé et il respecte les consignes !
Charlie, dit la pupuce, est un très brave chat.

22 juin 2008

Les pensées sans arrières pensées d´un ancien coopérant
















“La faillite du développement en Afrique et dans le tiers-monde” par Samir Amin - Ed. L´Harmattan

- “Une réalité sociale existe lorsque les individus en ont conscience et souhaitent l´exprimer. (...)
L´étude de la dimension culturelle du développement devrait être tentée à partir d´un second point de vue, celui des rapports entre culture et société. Trois problèmes majeurs peuvent être identifiés ici, la quête de l´identité, le rapport au travail et à la technique, et le problème des intellectuels, qui renvoient tout à l´interaction entre changement culturel et transformation économique (...).
Aujourd´hui, la crise des valeurs des sociétés africaines revêt un caractère dramatique (...)”.

Note : On pourrait ajouter : La crise des valeurs des sociétes occidentales capitalistes et chrétiennes revêt un caractère presque aussi dramatique car le système d´abondance et de gâchis - qui fut créé pour combattre le communisme soviétique -, n´est plus soutenable. Toute personne raisonnablement informée devrait “prendre conscience et souhaiter exprimer”son inquiétude sur la politique de nos dirigeants. Comment certains osent-ils encore parler de travailler plus et d´augmenter le PIB et la consommation tout en oubliant de nous signaler les limites et les dangers de la surexploitation des ressources naturelles ? Pourquoi nos plus “brillants” intellectuels
continuent à écrire, au bord du gouffre, sur les petits riens de leurs âmes, au lieux de se battre pour la vie ?

21 juin 2008

Histoire du capitalisme de 1500 à nos jours

par Michel Beaud - Ed. Point-Economie.


- “La loi Le Chapelier (1791) supprime les compagnonnages et interdit, pour les maîtres comme pour les ouvriers, de s´organiser, de se concerter et de “prendre des arrêtés ou délibération” (...), sur leurs prétendus intérêts communs (...). Tout attroupements composés d´artisans, d´ouvriers (...) ou excités par eux seront tenus pour attroupements séditieux”. Sa victoire contre la noblesse lui parraissant assurée, la bourgeoisie se garde déjà des classes laborieuses”.

Note : Nous rappelons que ce sont les “compagnons” qui ont construit, pendant des siècles, les cathédrales et les châteaux qui, encore aujourd´hui, éveillent l´admiration des visiteurs du monde entier. L´imagination, l´harmonie des espaces, la richesse des décors et les exploits techniques de ces constructions font de ces artisans/artistes des maîtres, jamais dépassés, de l´architecture somptueuse. Les bourgeois voyaient en eux trop de talent et d´intelligence organisés pour les faire travailler dans leurs usines. N´ayant plus besoin d´artisans très qualifiés pour leurs rustiques ateliers ils rabaissairent la main d´oeuvre, souvent d´origine paysanne, en prolétariat sans qualification, donc plus docile et plus facilement exploitable. C´est ainsi que sont nées les grandes fortunes en France et que de nombreuxs artistes et artisans d´art sont devenus des marginaux.
Les pensées sans arrières pensées de Yvan Avena



14 juin 2008

Aux poètes morts


















Les poètes
ne se sentent jamais seuls
dans leur tombe
ils peuvent enfin parler
sous terre les langues
poussière de soleil
poussière d’étoiles
avec Dante et Homère
avec Goethe et Hugo
avec Maïakovski et Vallejo
avec Whitman et Bellman
avec Aragon et Wang An Shih
avec Neruda et Alberti
sans oublier David M. Diop
et Césaire bien qu’il soit encore vivant
ils peuvent parler au vent
poussière de soleil
poussière d’étoiles
et aux poétesses de tous temps
Sappho, Al-Khansa’ et Edith Södergran
et surtout Gabriela et Alfonsina
Dans les vagues de l’océan.
La langue n’est plus un obstacle
quand on dort
d’une belle mort
et la poésie est universelle
quand la terre vous protège du temps
et vous n’êtes plus que
poussière de soleil
poussière d’étoiles.

13 juin 2008

Nénuphar
















Il regardait les nénuphars blancs
près d'un petit pont
dans l'eau noire d'un étang
c'était il y a très longtemps

12 juin 2008

La mer















La mer est souvent
bleue et salée
bleue comme tes yeux
salée comme les larmes
d'un putain d'été
il y a longtemps
mais je n'ai pas oublié.