13 juin 2009

Si vous n´avez rien à dire

Si vous n´avez rien à dire
pas de crayon pas de papier
pas de conscience sociale
et pas la moindre idée

si vous n´avez pas de souvenirs
de cigales de genêt ni de terre labouré
si vous n´avez jamais eu la peur
de perdre votre emploi mal payé

alors

avec habilité et persévérance
et quelques relations bien placées
vous pouvez devenir académicien
ou encore et pourquoi pas
menteur des quatre chemins
comme nos élus et leurs avocats
pourvu, trou du c... que ce soit du bon français...

11 juin 2009

...de MADI

J´ai connu en 1952, à Buenos Aires, le peintre uruguayen Carmelo Arden Quin lors d´une réunion, dans un café du centre ville, du groupe “poesía buenos aires”. C´est la première fois que j´ai entendu parler de Madi. Carmelo étant parti vivre à Paris dès 1953, ce n´est que trois ans plus tard que je le rencontrais à nouveau dans son atelier de Montparnasse et aussi dans l´atelier d´ébénisterie de sa femme avec son compatriote Volf Roitman. Je n´avais alors jamais entendu parler de
Gyula Kosice qui est, selon les uns, le co-créateur de Madi et, selon les autres, l´inventeur de ce mouvement.
Madi est, d´après les partisans de Carmelo Arden Quin, une contraction de “matérialisme dialectique”, mais selon Gyula Kosice, qui est resté en Argentine pendant la chasse aux “communistes”, ce nom viendrait de “Madrid”. Etant donné que ce mouvement s´inspire des recherches des concrétistes russes, du Bauhaus et quelque peu de Schwitters et de Mondrian on peut se demander que vient faire Madrid dans ce contexte !
Gyula Kosice, surtout connu pour ses sculptures “d´eau” (d´ingénieuse fontaines transparentes) je ne l´ai rencontré que vers la fin des années 80. Je suis allé le voir dans son atelier, pour obtenir de la documentation pour une thèse et lui acheter un petit dessin pour offrir. C´était la veille d´une fête et son apprenti, un très jeune garçon, lui demanda s´il pouvait lui donner une petite avance pour le week end. Il lui refusa sous prétexte du manque d´argent. Je venais de lui laisser plus de 200 dollars ! Depuis je crois plus à Carmelo Arden Quin qu´à Kosice.

28 mai 2009

LE SOLDAT INCONNU

La flamme du soldat inconnu
illumine les médailles
de ceux bien connus
qui cultivent la grisaille
des longs couloirs
du moulin à papier
de multiples tiroirs

et qui gèrent les défilés
et le triste sort
des soldats morts
dans les tranchées.

26 mai 2009

L’humanité couleur pétrole

Chaque fois que la haine
remplace la raison
chaque fois que la religion
développe la haine.

Chaque fois que les menaces
remplacent le dialogue
chaque fois que la violence
remplace le compromis

Chaque fois que les plus forts
écrasent les plus faibles
chaque fois qu’un peuple
devient l’otage de la faim.

C’est le prix à payer
me dit le pompiste
pour que vos voitures
roulent il faut des morts

Aujourd’hui la civilisation
a la couleur du pétrole
demain les morts
iront à pied
chez le pompiste

24 mai 2009

...du métier d´artiste

Je crois que c´est Manet qui disait : “Il faut décourager les jeunes artistes”. Ma mère ne le savait pas, mais quand je lui ai dit que je voulais entrer à l´Ecole des Beaux Arts de Buenos Aires elle a tellement pleuré que j´y ai renoncé. J´ai continué mes études d´ingénierie mécanique. Bien qu´il y eut une époque où on parlait des “arts mécaniques” comme on parlait de “l´art de la guerre” (des artistes peintres de génie, comme Léonard de Vinci, les pratiquaient tous) je n´ai jamais trouvé, dans toutes mes années d´étude et de travail, un sujet de conversation intéressant sur mon métier. Je ne connais personne qui ait conquis l´amour d´une fille avec des formules mathématiques ! Einstein, peut-être, mais il reste l´exception. D´ailleurs j´ai rarement rencontré, dans mon milieu de travail, des collègues ayant une culture générale et un esprit ouvert. La technique, de plus en plus spécialisée et complexe, sollicite de l´ingénieur, pour être performant et efficace, toute son énergie. Un ingénieur suédois me disait : “Quand je lis un roman j´ai la sensation de perdre mon temps. Un livre technique me sera bien plus utile pour mon travail”. On demande à l´ingénieur, selon la logique tayloriste, des objets de plus en plus sophistiqués, pour un prix de plus en plus bas, sans lui donner l´occasion d´analyser ni leur utilité ni leur effet sur la société et l´environnement. Je pense que peu de techniciens se posent la question sur, par exemple, l´impact négatif de l´automatisation sur emploi. Mais est-ce que beaucoup d´artistes modernes se posent la question sur l´utilité sociale de leur art ?...

19 mai 2009

...d´académisme

Jusqu´a la fin du XIXème siècle l´Académie des Beaux Arts dictait les critères du grand Art. Les prix qu´elle distribuait, dans les Salons, étaient pour les artistes une ouverture sur le marché de l´art de l´époque. Sans la reconnaissance des Académiciens, pas de commandes officielles et peu de clients privés. C´était donc des artistes consacrés qui distinguaient de jeunes artistes. Cette sélection corporative, héritée du compagnonnage, pourrait être considérée comme normale et sans doute juste, car qui mieux qu´un peintre pour juger un autre peintre ? Ce ne fut pas le cas, car les “maîtres”, eux-même issus de ce processus de sélection, privilégièrent opiniâtrement plus la technique et le choix du sujet que l´originalité d´exécution. Le résultat fut la sclérose du style “académique” à une époque où tout changeait rapidement dans l´industrie, la consommation et les moeurs. L´art restait figé au anciennes normes du classicisme. De là sa déchéance. Ce n´est donc pas étonnant que toute une génération de jeunes artistes se révolte et qu´ils soient aussitôt remarqués et soutenus par quelques esprits brillants et progressistes de l´époque et par des amateurs d´art, en particuliers américains, qui avaient une longueur d´avance dans le modernisme.
Est-ce mieux aujourd´hui pour l´art et les artistes ? Est-ce que les fonctionnaires de la culture, les critiques parisiens renommés, les “conservateurs” de musées sont plus libres, plus éclairés, plus compétents pour juger la création contemporaine que les académiciens du XIXème siècle ? Parfois nous en doutons !...

01 mai 2009

Le marigot

Dans le boue du marigot
dans l’eau noire des rias
il y a des crapauds
et des Ave Maria

il y a tout un monde
dans la boue et dans l’eau
il y a des tombes
il y a des cadeaux
dès que le riz sort la tête
et le filet le tilapia
dès que les grosses crevettes
nagent dans l’huile du plat.

il y a aussi les jours de fête
la musique et le vin
qui reflètent en cachette
et tombent dans le ravin
et tombent sur la tête
dans l’eau noire des rias
c’est le destin des plus bêtes
le destin des parias
de pleurer les jours de diète
et de maigrir le mardi gras

c’est le destin des plus démunis
de vivre dans le marigot
car pour avoir du poisson et du riz
on doit prier les pieds dans l’eau.

27 avril 2009

...d´art engagé

Très tôt j´ai eu le tort de m´intéresser à l´Art et à la politique. Le premier tableau que j´ai acheté, au début de 1960, en Argentine est le puissant portrait d´un gréviste de Ricardo Carpani (1930-1997). Ce peintre muraliste, principal animateur du groupe Spartacus et théoricien de l´art engagé en Amérique Latine, ne pouvait pas concevoir un art purement décoratif et sans contenu. Suivant l´exemple de Rivera, de Orozco et de Siqueiros au Mexique, lui et son groupe d´amis - dont Di Bianco fut le plus fidèle - firent des peintures murales partout où ils trouvèrent des surfaces disponibles. Ils demandaient, pour leur travail, la peinture et le salaire minimum d´ouvrier. Je n´ai jamais pu voir ces peintures in situ : elle furent toutes détruites par les dictatures militaires en Argentine.
Cette peinture puissante, porteuse de révolte et de résistance, n´a pas duré longtemps. Les meilleurs artistes de gauche, souvent menacés par la police politique et par la haine des patrons, durent s´exiler ou se transformer en peintres de chevalet pour survivre.
La vague d´apolitisme dans l´art et la poésie en Argentine - et même ailleurs - est le résultat d´années de censure, d´intimidations et de persécutions que subirent - et subissent encore - les artistes les plus engagés dans le monde dit “libéral”.
Carpani ne renonça jamais. Jusqu´à la fin de sa vie il réalisa des peintures murales et des tableaux de lutte. Célèbre dans son pays et admiré dans beaucoup d´autres, il est néanmoins l´un des artistes argentins connus et reconnus parmi les moins cotés sur le marché de l´art.

20 avril 2009

La grande poésie

La grande poésie
est faite
d´un grand nombre
de petites poésies
de poésie honnête
bien faite
par de petits poètes
de bonne volonté
qui par addition
ou par adhésion
deviendront un jour
peut-être
de vrais grands poètes
mais ils ne le sauront
jamais
car la vraie poésie
la poésie immortelle
la divine poésie
reste un mystère
infini et maudit
puisque personne ne sait
reconnaître avec certitude
la vraie grande
poésie
sauf peut-être
quelques rares poètes
pleins de doute
sur la poésie
d´aujourd´hui

15 avril 2009

...de galeries d´art

Pour ouvrir une galerie d´art il faut être très riche ou très naïf, mais dans tous les cas il faut aimer l´art et les jeunes artistes. Une galerie est une façon de faire vivre l´art mais rarement une manière de vivre de l´art. Diriger une galerie permet de comprendre deux choses :
a) Les artistes deviennent parfois nos amis mais le plus souvent, les plus ambitieux, trahissent leur marchand pour exposer dans des galeries plus prestigieuses ou simplement plus riches.
b) Les collectionneurs aisés sont moins nombreux que les artistes.
Avant la généralisation de l´ordinateur, dans une galerie dynamique, on passait la plus grande partie de son temps á remplir des enveloppes pour les invitations et a accrocher et décrocher des tableaux. La plupart des visiteurs étaient soit de simple curieux, soit des amis ou encore des artistes à la recherche de galerie. Pour une raison mystérieuse et assez décourageante, malgré tous les efforts du galeriste pour présenter des oeuvres de qualité, rarement les ventes arrivaient à couvrir les frais de la galerie et encore moins ceux d´un jeune artiste.
Quand nous avons ouvert notre galerie en Suède nous avons décidé de présenter ce que nous connaissions le mieux : les artistes des pays latins. Nous avons appelé, tout naturellement, notre galerie : “Latina”. Puis tous les ans nous parcourions le grand Salon d´Automne à Stockholm pour essayer de découvrir de nouveaux talents de l´intérieur du pays. C´est ainsi que nous avons aussi donné leur chance à de magnifiques artistes de province.