04 mars 2010

Souvenirs du deuxième départ

Après plusieurs mois d´attente à Dakar, quelques semaines passées dans le camp de concentration du Maroc, nous retournâmes à Marseille. Nous nous installâmes dans la grande maison de ma grand-mère paternelle. Cette demeure somptueuse, avec son grand escalier d´entrée, sa large terrasse complantée de platanes et son jardin d´agrément avec une fontaine et des poissons rouges n´avait ni électricité ni salles de bains. Le seul robinet avec l´eau courante était dans l´immense cuisine-séjour (la luxueuse salle à manger n´était jamais utilisée) et on s´éclairait, le soir, avec des lampes à pétrole et des bougies. Pour se laver il y avait, dans chaque chambre, un meuble couvert d´une plaque de marbre, avec une bassine et un broc d´eau froide. Pour les “besoins” il y avait un seau qu´on vidait chaque jour dans “les cabinets” situés , au fond, à côté du poulailler. Il n´y avait pas non plus de chauffage. En hiver, le seul coin chaud de la maison, était la cuisinière à bois de la cuisine.
Peu de gens des villes accepteraient, aujourd´hui en France, un logement avec un confort aussi rustique. C´était pourtant une maison de riches. N´oublions pas que même le célèbre château de Versailles, avec ses dorures et ses fastes, avait moins de confort que nos HLM !
Mon père, bien décidé à partir en Argentine, fit les démarches pour pouvoir passer en Espagne. Le paquebot “Cabo de Buena Esperanza” partait du port de Barcelone vers l´Argentine. De Marseille à Barcelone nous avons pris le train. Mon père, prudent, avait caché son argent dans une miche de pain. Nous traversâmes la frontière sans encombres.

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