08 décembre 2008

Le poète qui vous parle...de lui-même
























Mon fils insiste pour que je parle de ma propre vie de poète. C´est toujours dangereux de demander á un artiste, quel qu´il soit, de parler de lui-même car tous les créateurs ont un Ego surdimensionné. D´ailleurs, sans être nécessairement poètes, beaucoup pensent - même certains énarques - que leur vie mérite une biographie détaillée ! Néanmoins j´admets, en toute modestie, que mon long parcours est très différent de celui de la plupart des gens de mon âge et surtout de celui des jeunes générations d´aujourd´hui. Le XXème siècle fut celui des idées extrêmes et de fabuleux progrès techniques. Progrès qui sont allés souvent trop vite pour être assimilés et maîtrisés par les hommes y compris par les plus éclairés du siècle. Jamais on avait vu ni même imaginé de tels bouleversements de la vie sociale des peuples. J´ai connu dans mon enfance, dans le Gers, les chars à boeufs et, aujourd´hui, à moins de 100 km, on y fabrique des éléments de fusées spatiales ! Pourtant si dans le Gers il y a maintenant l´eau courante, l´électricité et le téléphone, à quelques heures de vol de la France il y a encore des populations qui ne connaissent pas l´attelage ! J´ai eu l´occasion (le privilège ?..) de vivre dans trois continents et d´avoir connu les maisons en terre sans eau et sans électricité et les hôtels cinq étoiles. J´ai connu la paillasse d´un camp de concentration et de bons lits douillets. J´ai travaillé en usine, avec mes mains, et j´ai dirigé des chantiers avec des dizaines d´ouvriers. J´ai vécu des hauts et souvent des bas. Ma seule constante fut toujours mon amour pour l´art et la poésie. J´ai connu le bonheur !

06 décembre 2008

“La poésie du subconscient ” André Breton (1896-1966)

Le seul mot de liberté est tout ce qui m´exalte encore. Je le crois propre à entretenir, indéfiniment, le vieux fanatisme humain. Il répond sans doute à ma seule aspiration légitime.
(Premier manifeste du surréalisme - 1924-)

Note : C´est quand André Breton exaltait la liberté qu´il était le plus sincère. Quand il prend la suite de la révolte dadaïste et il la codifie sous le titre de “surréalisme”il enrichit la culture française d´un mouvement qui fera le tour du monde et qui attirera, dans un premier temps, tous les créateurs de talents de France. C´est précisément l´esprit de liberté totale et créative de l´art et de la poésie qui lui donne sont essor. L´ignoble bourgeoisie française, engluée dans le sang de la guerre 14-18, n´a plus de valeurs morales crédibles à proposer. Dada combat énergiquement, dès 1916, les conventions sociales bourgeoises par la provocation poétique. Les premiers surréalistes, en bons Français rationalistes, légifèrent la révolte dadaïste par des Manifestes qui, selon l´opportunité et les circonstances, s´approchent ou s´éloignent du parti communiste. Ces règles internes fluctuantes, quelque peu arbitraires et souvent imposées par André Breton, chassent, peu à peu, les premiers et plus créatifs adhérents du mouvement. La deuxième guerre mondiale, avec l´exil de Breton et l´engagement dans la Résistance de certains poètes du groupe parachèvent le déclin de la “révolution surréaliste”.

01 décembre 2008

Si vous n´avez rien à dire

Si vous n´avez rien à dire
pas de crayon pas de papier
pas de conscience sociale
et pas la moindre idée

si vous n´avez pas de souvenirs
de cigales de genêt ni de terre labouré
si vous n´avez jamais eu la peur
de perdre votre emploi mal payé

alors

avec habilité et persévérance
et quelques relations bien placées
vous pouvez devenir académicien
ou encore et pourquoi pas
menteur des quatre chemins
comme nos élus et leurs avocats
pourvu, trou du c... que ce soit du bon français...

27 novembre 2008

Boileau (Nicolas dit Boileau-Despréaux) (1636 -1711)

Notre siècle est fertile en sots admirateurs ;
et, sans ceux que fournit la ville et la province,
il en est chez le duc, il en est chez le prince.
L´ouvrage le plus plat a, chez les courtisans,
de tout temps rencontré de zélés partisans ;
et pour finir enfin par un trait de satyre,
un sot trouve toujours un plus sot qui l´admire.
(L´art poétique - Extrait du Chant Premier)

Note : Drôle de bonhomme ce Boileau. Il alterne les satires, qui lui attirent des ennemis, avec des épitres qui ne lui apportent pas tellement d´amis. Malgré une certaine renommée et l´amitié de Racine, personne ne voulait de lui à l´Académie. C´est Louis XIV, qui souhaite que Racine et Boileau écrivent son histoire, qui fait pression sur les académiciens pour qu´ils l´admettent dans leur institution. Mais plus tard, suite a une satire anticléricale contre les théologiens “casuistes” (qu´on appelle en langage moderne : les curés faux-culs) le Roi le censure et accélère sa déchéance. Classique, puriste de la langue française, plutôt réactionnaire et guère clairvoyant, Boileau, démontre, une fois de plus, qu´il est toujours préférable, pour le poète, d´ être un sot louangeur qu´un homme sincère. On devrait écrire sur la couverture des livres : La vérité tue !
Fort heureusement pour la France, l´Académie de Lettres, qui reste une garantie pour la continuité de notre belle langue, n´ admet, encore aujourd´hui, dans son prestigieux dortoir, que les bons amis du Roi.

25 novembre 2008

Le poète qui vous parle...de son blog

Nous avons eu plus de 6.500 visites sur notre blog poétique. Les visiteurs viennent de nombreux pays non francophones d´Amérique et même d´Asie ou du centre du Sahara. Qui sont ces amis anonymes de la poésie ? Comment trouvent-ils mon blog parmi des millions de propositions du monde entier ?
Ayant, depuis 1991, publié mes poèmes et mes traductions dans des cahiers et des plaquettes - allant de 12 à 400 exemplaires - que j´ai offerts à mes amis. Et ayant aussi publié quelques centaines de poèmes traduits de l´espagnol et du portugais dans des revues, françaises et belges, au tirage plutôt confidentiel, le chiffre de 6.500 - même s´il contient nos propres consultations et quelques répétitions - est un résultat, pour un blog spécialisé dans la poésie, plutôt surprenant et encourageant.
Même les poètes contemporains les plus connus s´accommodent, en général, de tirages de 500 exemplaires qui ne circulent que dans un cercle géographique très restreint. N´ayant aucune répercussion dans les journaux et la télévision, ces livres sont très vite oubliés y compris par ceux qui les écrivent.
Un poète guatemaltèque, Augusto Monterroso, disait avec beaucoup d´humour : “Poète, n´offre pas tes livres : détruis-les toi-même”. C´est tellement devenu une habitude, pour les poètes, d´offrir leurs livres de poésie dédicacés qu´ils n´imaginent même plus de les vendre. On peut affirmer, en toute objectivité, que la poésie est - sans le vouloir - la plus forte manifestation intellectuelle de résistance à la société de consommation..

18 novembre 2008

Le poète qui vous parle...de MADI



Carmelo Arden Quin
Fenêtres
1948
































Kosice Gota Gota de agua
1970





J´ai connu en 1952, à Buenos Aires, le peintre uruguayen Carmelo Arden Quin lors d´une réunion, dans un café du centre ville, du groupe “poesía buenos aires”. C´est la première fois que j´ai entendu parler de Madi. Carmelo étant parti vivre à Paris dès 1953, ce n´est que trois ans plus tard que je le rencontrais à nouveau dans son atelier de Montparnasse et aussi dans l´atelier d´ébénisterie de sa femme avec son compatriote Volf Roitman. Je n´avais alors jamais entendu parler de
Gyula Kosice qui est, selon les uns, le co-créateur de Madi et, selon les autres, l´inventeur de ce mouvement.
Madi est, d´après les partisans de Carmelo Arden Quin, une contraction de “matérialisme dialectique”, mais selon Gyula Kosice, qui est resté en Argentine pendant la chasse aux “communistes”, ce nom viendrait de “Madrid”. Etant donné que ce mouvement s´inspire des recherches des concrétistes russes, du Bauhaus et quelque peu de Schwitters et de Mondrian on peut se demander que vient faire Madrid dans ce contexte !
Gyula Kosice, surtout connu pour ses sculptures “d´eau” (d´ingénieuse fontaines transparentes) je ne l´ai rencontré que vers la fin des années 80. Je suis allé le voir dans son atelier, pour obtenir de la documentation pour une thèse et lui acheter un petit dessin pour offrir. C´était la veille d´une fête et son apprenti, un très jeune garçon, lui demanda s´il pouvait lui donner une petite avance pour le week end. Il lui refusa sous prétexte du manque d´argent. Je venais de lui laisser plus de 200 dollars ! Depuis je crois plus à Carmelo Arden Quin qu´à Kosice.

07 novembre 2008

Fray Luis de Leon (1527-1591)

















- Dieu sans doute a inspiré à l´esprit des hommes la poésie pour que son mouvement et son souffle les élèvent au ciel, d´où elle procède, car poésie n´est rien d´autre qu´une communication du souffle céleste.

Note : Ce fin et délicat poète et professeur renommé de l´Université de Salamanca fut emprisonné, pendant cinq ans (1572-1576), par l´inquisition pour une malencontreuse traduction du “Cantique des cantiques” en espagnol. Les inquisiteurs, fanatiques et bornés, n´avaient pas encore compris qu´ils entraient dans la Renaissance ! Même, bien plus tard, dû à l´emprise de l´Eglise sur l´Etat et jusqu´à la mort de Franco, l´Espagne eut beaucoup de mal à sortir du Moyen Age.

Fort heureusement le vent de la modernité circule, dans la décennie de 1920, et arrive jusqu´en Espagne. L´influence de l´avant-garde européenne ainsi que la parenthèse de la République donna naissance à toute une génération de très grands poètes dont Federico García Lorca (1898-1936), Luís Cernuda (1902-1963), Rafael Alberti (1902-1999), Miguel Hernández (1910-1942), Antonio Machado (1875-1939) et bien d´autres. Tous payèrent très cher leur talent et leur audace. Certains y laissèrent la vie ; les autres n´eurent pas d´autre choix que l´exil. Leur vie et leurs oeuvres mériteraient d´être mieux connues car ils sont aussi un bel exemple de dignité, de courage et de conscience politique.
De tous ces immenses poètes je n´ai connu que Rafael Alberti. Il venait en vacance à Antibes pour rencontrer Picasso, mais c´est une autre histoire.

04 novembre 2008

Ce n'est pas facile














Ce n'est jamais facile
quand on est une sardine;
comment éviter la routine
au milieu de la ville?