12 octobre 2012

Les poètes sont-ils responsables de la crise ?...


Rimbaud, Lautréamont, Alfred Jarry, Tristan Tzara, André Breton se révoltaient contre la médiocrité étouffante de la culture bourgeoise de leur époque. En mai 1968 cette révolte sortit dans la rue avec des pavés à la main et des idées de liberté sur les murs. Pendant quelques semaines les bourgeois eurent très peur, les fascistes s´indignèrent et les dociles moutons, toujours aussi nombreux, ne savaient plus dans quelle prairie devaient-ils paître. Mais, après quelques réformes de surface, tout reprit comme avant. La routine aliénante du travail, les crédits de la voiture et du trois pièces et les vacances en troupeau organisé reprirent le dessus. Métro-boulot-dodo dénonçait le poète Pierre Béarn que j´ai rencontré, une fois, au “Marché de la Poésie” Place Saint-Sulpice, très vieux et très seul devant ses livres.
Les vrais questions de mai 68 furent promptement oubliées par les responsables de la politique et par les idéologues professionnels. Et c´est quarante ans plus tard que les effets pervers de notre société de consommateurs et de pollueurs égoïstes, sans respect pour les générations futures et uniquement motivée par la rentabilité immédiat, mettent en évidence son pouvoir destructeur. Destructeur de certitudes, d´emplois et de sécurité pour tous, mais surtout pour les plus faibles. Tout le système s´écroule, et les “responsables”politiques proposent de boucher les trous avec la rustine des vélos de nos grands-parents.
Mais où sont donc les Rimbaud, les Lautréamont, les Jarry, les Tzara et les Breton de notre siècle ? Où est donc la conscience sociale de nos poètes 
d´aujourd´hui ?

10 octobre 2012

La puce et le morpion


Une puce vivait ma foi,
sur les fesses d´un roi;
un morpion fort ambitieux
visita sa sous-maîtresse.

Lors de leurs ébats amoureux

le morpion devint roi, aïe !
Et la puce chanoinesse.

07 octobre 2012

La Cigogne


L´une des revues de poésie belge que j´admire le plus c´est « La Cigogne ». Bernard Godefroid, le directeur de cette revue, est un homme de gauche et il ne le cache pas. Ses articles et son choix de poètes restent exceptionnels dans le milieu de la poésie francophone.

Nous regrettons de constater que les éditeurs contemporains de poésie sont généralement très conservateurs et même parfois assez réactionnaires : Ils refusent la poésie politiquement engagée. « La Cigogne », par son contenu et son engagement social, reste une publication sans équivalent.

Plutôt lyrique et bucolique la poésie contemporaine, que nous servent les revues, ressemble plus souvent à un exercice de style scolaire qu´à une création. Les jeux de mots raffinés vides de sens - plus intellectuels que poétiques - remplacent l´originalité de la pensée. Les poètes devraient pourtant savoir que la médiocrité académique ne se substitue pas au talent.

« La Cigogne », malgré ses petits moyens financiers, cherche à publier des textes poétiques qui n´oublient pas que l´homme reste le centre et la justification de toute littérature. Mais pour garder son humanité l´homme doit se battre, sans relâche, contre les prédateurs d´humanité. La principale fonction du poète devrait être de montrer le chemin...Il n´y a pas d´art, il n´y a pas de poésie sans engagements humain, social et politique. Il n´y a pas de création sans liberté.

« La Cigogne » est une revue qui ouvre les yeux de la poésie...

01 octobre 2012

Paul Van Melle


 J´ai, dans le milieu de la poésie, un vieil ami belge, Paul Van Melle, qui édite la modeste mais prestigieuse revue « Inédit Nouveau ». Il y a 20 ans que je lui écris, que je lui envoie mes livres de poésie engagée (qu´il déteste) et qu´il publie mes traductions de poètes brésiliens. Paul Van Melle a plus de 80 ans et ne peut plus jouer au football mais il écrit des pages et des pages de recensions de livres qu´il n´a, de toute évidence, pas le temps de lire, à moins qu´il ne dorme que deux heures par nuit et le reste du temps il travaille sans répit (c´est ce que les patrons exigeraient de leurs employés, si on les laissait faire !).
Paul Van Melle a une connaissance très étendue et profonde sur les poètes francophones. Il y en a guère qui échappent à sa perspiscacité. Il a même la liste de tous les poètes recensés dans sa revue...bien qu´il refuse l´informatique. Je suppose qu´il possède un meuble avec de nombreux tiroirs pleins de fiches qu´il maintient soigneusement à jour (lui ou sa chère épouse...).
Malgré sa passion pour la poésie lyrique (et apolitique) et son refus de la grossièreté (jamais vous ne lirez dans sa revue le mot « merde ») et son côté professeur (il avoue détester les virgules mal placées...) sa revue reste l´une des très rares à publier, pour chaque poème ou article, une petite biographie de l´auteur (et du traducteur quand il existe). J´avoue que c´est, malgré ses faiblesses, la seule revue (avec « La Cigogne ») que j´ai fait relier pour la garder. Signalons quand même qu´il est dificile de mettre debout, dans la bibliothèque, des feuilles de papier A-4 simplement brochées.  

20 septembre 2012

« L´Ecole de Nice »

Jean Ferrero (1971)

Je viens de retrouver, dans un vieux dossier jauni, deux interview jamais publiés que j´ai réalisées, en 1971, sur la Côte d´Azur avec Jean Ferrero et avec l´artiste, de l´Ecole de Nice, Ben. J´en ai fait un petit livre. Monique, qui les a connus, en a fait la présentation.

Tout ce que disent l´un et l´autre – et l´un sur l´autre – méritait d´être conservé. C´est tout le contraire des déclaration sophistiquées de certains critiques professionnels. On y parle de camaraderie et de déceptions, de rencontres occasionnelles et d´amitiés durables, d´admiration et de doute. « Ben doute de tout » disait Ben. Et Ferrero admire Ben. Ben lui met une note de 0/20 et Ferrero le compare à son père quelque peu ferrailleur. Tous deux doutent de l´existence d´une Ecole de Nice, mais citent, avec respect, tous les noms de ceux qui en furent les adhérents ou les simples visiteurs. « L´Ecole de Nice » est une appellation pompeuse qui fut donnée à un mouvement d´avant-garde provincial qui devint, assez rapidement, international. Pour la première fois dans l´histoire de l´art moderne, en France, un mouvement artistique n´était pas né à Paris ! Il fallut néanmoins, pour le sortir de l´anonymat, faire allégeance à certaines galeries parisiennes connues. Mais les artistes niçois ont vite appris le système. Ils se sont empressés de trahir les premières galeries qui les exposèrent, pour signer des contrats avec d´autres plus riches et prestigieuses qui leur permettraient franchir le pas et les méneraient à New York. La nouvelle mecque de l´art moderne. Ils sont vite devenus des artistes de renommée internationale...

15 septembre 2012

Le marigot



Dans la boue du marigot
dans l’eau noire des rias
il y a des crapauds
et des Ave Maria

il y a tout un monde
dans la boue et dans l’eau
il y a des tombes
il y a des cadeaux
dès que le riz sort la tête
et le filet le tilapia
dès que les grosses crevettes
nagent dans l’huile du plat.

il y a aussi les jours de fête
la musique et le vin
qui reflètent en cachette
et tombent dans le ravin
et tombent sur la tête
dans l’eau noire des rias
c’est le destin des plus bêtes
le destin des parias
de pleurer les jours de diète
et de maigrir le mardi gras

c’est le destin des plus démunis
de vivre dans le marigot
car pour avoir du poisson et du riz
on doit prier les pieds dans l’eau.

11 septembre 2012

Informatique


Monique et moi nous avons remplacé, presque en même temps, nos ordinateurs morts de vieillesse. Monique a fait venir le sien de France car son programme et son clavier sont adaptés aux normes françaises. Le mien est maintenant brésilien. En principe nous avons le même Word. Avant j´avais le Word Perfect espagnol que m´avait recommandé mon premier instructeur (une jeune informaticienne française au Guatemala !). Mais le Word français de Monique n´est pas tout à fait le même que le mien. Chacun a ses propres caprices et fantaisies. Monique est, depuis toujours, branchée sur le réseau et elle maîtrise beaucoup mieux que moi les multiples possibilités de son ordinateur. Pour moi c´est à peine une machine à écrire perfectionnée. Je dirai même un peu trop perfectionnée pour mes besoins...

Mais ne voilà-t-il pas que le nouvel ordinateur de Monique refuse le réseau internet. Il affiche : Contactez votre fournisseur ! Malgré sa grande intelligence universelle, son programme français ne permet pas de trouver une aide au Brésil. Notre technicien brésilien est formel : il faut l´envoyer en France ! A part le coût du transport et les frais de douane (aussi chers que l´appareil) il y a la perte de temps de notre dévouée amie - qui a servi d´intermédiaire - et les semaines d´attente sans ordinateur (une grande marque achetée chez un gros fournisseur !).

Les fournisseurs d´informatique ne pourraient-ils pas proposer aux clients, à la demande, des programmes plus simples et mieux adaptés a leurs besoins ?

22 août 2012

Le Temps


Le tout, quand on écrit un blog, c´est de ne pas exiger trop du lecteur. La bonne mesure c´est un texte de 250 mots, qui peut être lu en deux minutes. Le temps est une chose très envahissante et importante dans le cerveau des occidentaux. Depuis la plus tendre enfance on nous impose, dans les pays développés, une division du temps : il y a la tranche pour dormir, la tranche pour se lever, la tranche pour aller à l´école, à l´usine ou au bureau, il y a la tranche pour déjeuner, la tranche pour dîner, les tranches pour les déplacements, etc. Tout ce qui est organisé est minuté : les horaires de travail, les horaires du train, les horaires des rendez-vous, les horaires des loisirs, les horaires des programmes de la télévision. Tous doivent être respectés quoi qu´il arrive. Si par exemple vous arrivez quelques minutes en retard à votre travail, vous serez mal noté par votre chef. Peu importe que vous compensiez, en prolongeant votre travail le soir. L´horaire c´est l´horaire et ça ne se discute pas. Un excellent travailleur qui arrive souvent en retard, parce qu´il habite en banlieue et les horaires des trains sont incertains, devient vite un mauvais élément. Son chef lui dira : vous n´avez qu´à vous lever plus tôt...Qu´importe s´il se lève à cinq heures du matin pour arriver à neuf heures au bureau !

Pourquoi j´en parle dans un blog sur la poésie ? Peut-être parce que le pire ennemi de la poésie est précisèment l´horaire imposé. Voilà ! Il n´y a pas d´horaire pour la poésie. Elle vient quand elle veut et part de la même façon. Tout bon poète est un anarchiste casseur d´horloges !

 

11 août 2012

Femmes


Il y a des femmes qui sourient
coquettes
belles irrésistibles
des femmes pour lesquelles les hommes
se suicident
il y a des femmes qui pleurent
faibles
belles tristissimes
de femme pour lesquelles les hommes
s´entre-tuent
mais il y a aussi parfois
des femmes qui nous aiment
modestes
solidaires décidées
des femmes pour lesquelles
on ne donne jamais assez
car
il y a des femmes, souvent les mêmes,
coquines et dévouées
qu´on aime qu´on aime
à la folie
jusqu´à la fin de notre vie
car larirette larirette
toutes les femmes coquettes
sont notre phare notre boussole
et notre avenir.
(D´autres poètes l´ont dit...)

08 août 2012

Le blog nouveau est arrivé

Voilà ! C´est reparti !... À 299 j´arrête. Le tout c´est d´y arriver...L´ennui c´est que je ne sais pas avec quoi je vais remplir les 89 chapitres qui manquent...Je pourrais, naturellement, reprendre les textes de mes derniers livres de commentaires et de poésie politique. Edités à une douzaine d´exemplaires ils peuvent également voyager sur l´océan du blog. A la voile...Sans hâte. De toutes façons je sais qu´ils n´arriveront jamais à destination. Comme un bateau fantôme, mes écrits dériveront dans la brume d´une baie perdue, loin du bruit et des lumières. Des algues gluantes couvriront peu à peu les mots et les enseveliront dans une trouble mare d´oubli. Un oubli très relatif car, pour oublier une histoire, il faut préalablement la connaître...et la poésie reste un mystère insondable. Elle est encore plus difficile à trouver que les pépites d´or dans le caniveau de ma rue...Et encore ! Etant donné que j´habite au centre du Brésil - une région qui fut « découverte » par les chercheurs d´or - en regardant bien je trouverais plus facilement des paillettes dorées que des livres de poésie dans les librairies.
Tout compte fait les poètes n´ont que ce qu´ils méritent ! Ils parlent d´amour, de champs fleuris, de fontaines d´eau fraîche, au milieu d´un désert aride, inhospitalier, plein de cactus, de scorpions et de serpents à sonnettes. Les poètes lyriques sont souvent ivres de mots trop gentils. Ils portent des lunettes déformantes qui transforment les dépôts d´ordures de nos sociétés en roseraies. Ils embellissent tellement qu´ils ont perdu toute crédibilité.