03 février 2010

Souvenirs du grand départ


Quand je mis les pieds sur “l´Alsina”, le gros bateau qui devait nous amener en Argentine, j´ai compris que ma vie avait changé. Ce fut le début d´une grande aventure...une aventure qui n´arrêta jamais.
J´avais alors 10 ans et, pour la première fois, un vrai copain de mon âge. C´était Antonio Abrínez qui, avec ses parents et son frère, venaient de fuir l´Espagne de Franco. Sur le même bateau avaient embarqué, vers l´exil, plusieurs membres du gouvernement républicain espagnol, dont l´ancien Président Niceto Alcalá Zamora. Il y avait aussi beaucoup de juifs qui s´échappaient de l´Europe nazie et une dizaine d´argentins rapatriés. L´Alsina, qui avait aménagé les cales en dortoirs, transportait un grand nombre de passagers. Il y avait les dortoirs des femmes et des enfants et ceux des hommes. La salle à manger, qui fonctionnait en plusieurs tours, réunissait les familles autour de repas simples mais copieux. Pour moi, qui ne connaissait que la vie assez rustique du petit paysan, c´était des vacances merveilleuses. A mes yeux l´Alsina était ce que fut, plus tard, le “Club Med” pour beaucoup de Français ; puis il y avait l´immensité de la mer et surtout, plus d´école ! Ce fut la période la plus heureuse de mon enfance.
Après je ne sais plus combien de jours de navigation, nous arrivâmes à Dakar. Quelle fête pour les yeux et les narines ! Ce n´était pas la jungle du cinéma, mais c´était très différent de ce que j´avais connu en Provence. Le port sentait la cacahuète et des centaines de noirs chargeaient des sacs destinés aux huileries françaises. La guerre n´empêchait pas les bonnes affaires !..

P.D. l'Alsina : 1921 - Coulé en 1942 à Bougie par une attaque aérienne allemande

1 commentaire:

Monikki a dit…

Bravo pour avoir retrouvé la photo de l'Alsina!

Bises