11 juin 2008

“Del Paro al ocio” par Luis Racionero - Ed. Anagrama


















- “La façon de résoudre le conflit entre valeurs humanistes et besoins technologiques n´est pas de renoncer à la technologie, mais de rompre les barrières de la pensée dualiste qui empêchent de voir que la technologie est non pas une exploitation de la nature, mais une fusion de la nature et de la personne humaine.(...)
Les grands philosophes du capitalisme ne sont pas arrivés à comprendre que la machine est la collaboratrice de l´homme, la déesse qui sauvera l´homme des “sordidae artes”et du travail salarié, la déesse qui apportera le confort et la liberté”.

Note : Il n´y a pas de grand art sans liberté, mais il n´y pas d´art original sans loisirs. Les artistes créateurs sont des gens qui alternent avec la même passion le travail et la rêverie. Je ne connais pas de grands artistes à mi-temps. Je pense même que les métiers“gagne-pain” ont détruit plus d´oeuvres d´art que les guerres.
Les muses sont des dames très exigeantes et capricieuses, elle ne donnent leur souffle divin que de façon aléatoire et inattendue. Quand elles vous appellent il faut être disponible ; elle ne tolèrent pas le téléphone occupé. Demain ? Demain c´est trop tard.
Le jour où la machine sera au service de l´homme et que le travail nécessaire pour satisfaire les besoins essentiels sera de deux ou trois heures par jour, tout le monde sera artiste et poète.

08 juin 2008

Sans parti pris

Ni rouge ni vert
ni jaune ni mauve
ni carmin ni bleu
ni noir ni blanc

C'est la couleur de l'enfer
l'inconsistance de Dieu
et la menace du temps.

07 juin 2008

“Les transferts de technologie” - Par Jacques Perrin - Ed. La Découverte.

- “Le système d´informations et de représentations symboliques mis en oeuvre par les hommes, dans leur mémoire, pour produire, est en forte interaction avec celui qu´ils utilisent pour organiser leur mode de vie. Tout apprentissage technique est en même temps un apprentissage social. (...)
“La culture est la mémoire collective qui lie le passé d´un peuple à son présent et lui rappelle en quoi il est différent des autres” (Naraghi E.)”.

Note : Quel rapport avec l´art et la poésie ? Je signale, pour ceux qu´y l´ont oublié, que dans nos sociétés modernes capitalistes ce sont les gains de productivité dans l´agriculture et l´industrie qui ont permis le développement des arts profanes. Ce n´est que lorsque tous les besoins matériels sont satisfaits que, pour confirmer son statut, le bourgeois s´intéresse à la culture. L´art, comme au temps de la monarchie, sert également au prestige du roi...de la soupe en boîte. Savoir compter et accumuler de l´argent peut impressionner les pauvres, mais à un certain niveau de richesse, pour être admis parmi les vrais riches, il faut aussi une certain niveau de raffinement. Le bourgeois moderne doit au moins savoir que René Char n´est pas un fabricant de charrettes, que André Breton n´est pas un pêcheur de Concarneau et que Bacon ne se mange pas en tranches. La “culture” sert aussi à se différencier du travailleur et du nouveau riche.
Goiânia (février 2008)





06 juin 2008

“Gens de métier et révolution” par William H. Sewel

- “Dans le schéma de pensée chrétien, le travail est une marque de vilénie, la preuve est la punition du péché originel. Il n´était pas une activité ennoblissante (...).
-
L´art, par contre, était élévation et ennoblissement.
Dans la France de l´ancien régime, le terme d´”art” s´appliquait à un très grand champs d´activités humaines, et il était employé bien plus couramment dans le langage quotidien qu´il ne l´est aujourd´hui - non seulement à propos de la poésie, de l´architecture ou de la peinture, mais également à propos des arts mécaniques, de l´art de gouverner, de l´art militaire, etc. (...)
C´étaient ces arts et leurs règles qui élevaient l´homme au-dessus de la condition de demi-brute intelligente, arrachant stupidement sa subsistance à une terre ingrate et couvrant sa surface de sa progéniture (,,,).
Cette notion que l´honneur s´attachait à l´art et non au travail était un lieu commun sous l´ancien régime”.
Note : Nous trouvons dans ce texte plusieurs affirmations choquantes : le travail est un punition de Dieu, mais l´art, sous l´ancien régime, (même s´il s´agit de l´art de gouverner et de la guerre) est ennoblissant ! Par contre le paysan qui cultive sa terre (cette “demi-brute”!!!) ne sait faire que des enfants...
Notre monde a bien changé ! Les chômeurs cherchent un emploi, non seulement pour gagner un salaire, mais aussi pour la respectabilité. Le paysan est mécanisé et informatisé. Par contre l´artiste est aujourd´hui considéré comme un pauvre raté.

31 mai 2008

Le décorticage du vide














- D´aprés les théoriciens de la littérature ce qui est caché dans un texte est souvent plus explicite sur la personnalité de l´écrivain que ce qui est dit. C´est ainsi que certains écrivains médiocres, apolitiques, mais particulièrement malins et biens informés, cachent tellement bien le fait qu´ils n´ont rien à dire qu´ils deviennent d´intéressants sujets d´étude et de recherche pour les universités. Chaque année des centaines de savantes thèses universitaires sont publiées pour expliquer, avec beaucoup d´érudition, toutes les nuances et la profondeur du vide d´une littérature décadente en voie d´extinction. Vous souhaiteriez avoir des noms !... Vous ne regardez donc pas les programmes culturels de la télévision ?
Le vide de la banquise est peuplé de manchots et de phoques ; le vide de l´âme est peuplé de mots creux, vides de sens et politiquement corrects.
Le petit monde de l´art et de la littérature est le terrain de chasse de brillants intellectuels qui savent très bien se servir de l´arc, mais n´ont plus droit aux flèches. Les vrais critiques engagés ne sont plus autorisés dans la presse. Ça pourrait heurter les annonceurs !...
L´apolitisme en art et en littérature est une autre manière, pour les décideurs, de pratiquer l´inquisition médiévale. Gare aux hérétiques ! Ils seront condamnés à l´anonymat ; soit à l´odieuse torture que subissent les quelques poètes qui vous tendent la main et le coeur !

29 mai 2008

Exil

Chaque étape de ma vie
fut un exil douloureux.

Loin dans moi-même
j´arrachais les départs
comme des lambeaux de terre.

Pourtant l´au-delà des collines
est souvent semblable
à l´au-delà des collines
et parfois l´horizon est si proche
qu´on pourrait le toucher
du bout des cils.

Mais le coeur profond a des racines
qui hurlent le sang
à chaque départ
et dans chaque gare.

Combien, oh combien de souffrances
pour apprendre le langage
de la solitude de l´exil !

Il y a pour chaque voyage
un vieil arbre abattu
par la foudre de la distance

26 mai 2008

On nous parle de la misère

On nous parle de la mort
et parfois de l´histoire
de la misère et de la faim
dans nos villes et campagnes.

On nous parle d´armées prolétaires
sans Dieu et sans Gloire
marchant au petit matin
dans la boue du chemin
vers l´usine ou la mine.

On nous parle de regards lointains
de femmes, d´enfants, de pain
sordides histoires de terre
de gros sous, de bras et de mains,
de banquiers et de propriétaires
de progrès et de lumière.

On nous parle d´un passé ouvrier
d´exploitation et de guerres
comme une image effacée
par une société moderne et solidaire.

Mais je me promène dans la rue
et je vois chaque jour
toujours autant de chômage et de misère.

25 mai 2008

Tapis

Un tapis épais d´Iran
fait main
pour une bouchée de pain
pour presque rien.

Pour les tisseurs et leurs enfants
Dieu n´est ni chrétien
ni musulman.

19 mai 2008

Enchères

Tout se vend au marteau
au marché des enchères
un manteau une bergère
une soupière un chapeau.

Tout se vend au marteau
au marché des enchères
le grand luxe la misère
l´insolite le légendaire.

Tout se vend au marteau
même la paix et la guerre.

18 mai 2008

Paul Eluard

Sous l´occupation allemande il écrit des poèmes sur la liberté et la justice et il s´engage dans la Résistance, pendant que les opportunistes collaborent et les indécis rampent. Ce sont ces derniers ou leurs disciples qui, aujourd´hui, flattent le pouvoir et méprisent l´art et les artistes engagés, les artistes libres, les artistes résistants. Ce sont toujours les mêmes salauds qui contrôlent la parole et tentent de l´avilir à leur niveau. Mais où sont les Paul Eluard de notre temps ?