Chaque année les Coopac fournissaient un bilan financier et comptable, détaillé, aux organismes de financement. Ce bilan avait la vertu d’irriter de Chef de la Mission de Coopération Française car il aurait eu, lui-même, bien du mal à justifier l’utilisation des 40 millions de francs de son budget. Ces fonds "d’aide" servaient surtout à enrichir quelques fournisseurs français et libanais de matériels et de services - à créer des emplois en France aurait dit le Ministre.de la Coopération - Les intermédiaires libanais, très accommodants, faisaient des factures fictives qui permettaient aux responsables de projets (et y compris à certains Chefs de Mission peu scrupuleux) de toucher un pourcentage sur tous les achats réalisés à Dakar. J’en ai même connu un qui achetait du matériel d’occasion et, pour augmenter sa marge, le faisait passer pour neuf ! Pour les vrais escrocs, l´honnêteté n´est qu´un vilain défaut...L´Etat, lui, fermait les yeux !
Les Coopac échappaient à cette tentation car tous les fonds que nous obtenions de diverses ONG et, même d’organismes d´Etat, étaient versés à la CIMADE, une organisation protestante bien connue, qui se chargeait des achats en France et de l´expédition par conteneurs. Toute l’aide que nous recevions se transformait en matériels que les coopératives transformaient, elles, en constructions de maisons populaires, en céramique utilitaire, en meubles, en charrettes, en réparation de frigidaires et de voitures et en productions agricoles dont nous étions, parfois, les seuls fournisseurs dans tout le pays. Les Coopac étaient l’exemple gênant qui montrait que, avec les gens et les structures adéquates, tout est possible en Afrique !
Les poèmes et indignations d'Yvan Avena (1930-2015), poète et créateur de la galerie Art Club.
13 janvier 2012
08 janvier 2012
Elections/déception...
J´admire sincèrement
tous les candidats à la Présidence
pour leur courage pour leur discours
pour leur incroyable santé
pour leur charme leur sérénité
pour l´étendue de leurs connaissances
pour leur mémoire sans défaut
pour leurs convictions leur élégance
pour leur sens du devoir
pour leur amour du peuple
pour leur désir de justice et leur honnêteté
pour tout ce qu´ils promettent
pour après...toujours après...
Mais diront-ils un jour
que plus de salaire
c´est aussi la vie plus chère
et qui donc devra payer ?
Que plus de consommation
c´est aussi plus de dégâts
dans un monde déjà épuisé
et qui donc devra payer ?
Quand diront-ils la vérité
peut-être après...les élections ?
Quand il faudra payer !...
tous les candidats à la Présidence
pour leur courage pour leur discours
pour leur incroyable santé
pour leur charme leur sérénité
pour l´étendue de leurs connaissances
pour leur mémoire sans défaut
pour leurs convictions leur élégance
pour leur sens du devoir
pour leur amour du peuple
pour leur désir de justice et leur honnêteté
pour tout ce qu´ils promettent
pour après...toujours après...
Mais diront-ils un jour
que plus de salaire
c´est aussi la vie plus chère
et qui donc devra payer ?
Que plus de consommation
c´est aussi plus de dégâts
dans un monde déjà épuisé
et qui donc devra payer ?
Quand diront-ils la vérité
peut-être après...les élections ?
Quand il faudra payer !...
01 janvier 2012
Les Coopac III
Les coopératives Coopac étaient sous la tutelle du Secrétariat aux Combattants de la Liberté de la Patrie. Le premier Secrétaire d’Etat et initiateur du projet de coopératives d´insertion - un homme intègre et intelligent - quitta son poste pour devenir Vice-Président du pays. Son remplaçant, un musulman semi-illettré, saisissait mal le concept d’autonomie des coopératives mais continua néanmoins le projet. Plus tard tous deux accusés - avec une dizaine d´autres anciens combattants - de comploter pour renverser le Président, furent fusillés!
Une autre version des faits accusait le Président de "corruption" mais cette affaire, ne concernant pas directement les coopératives,j’éviterai d´en parler (quelques années plus tard le Président, lui-même, fut assassiné par un membre de l´armée !).
Un obscur fonctionnaire du Ministère des Affaires Etrangères fut nommé Secrétaire d´Etat aux anciens combattants. C´était un homme courtois qui, bien que handicapé - il avait été gravement blessé au combat - imposait, dans son Ministère, un énorme respect aux fonctionnaires ainsi qu’aux anciens combattants qui venaient, chaque fin de mois, réclamer une assistance. Cet homme intelligent - qui parlait un grand nombre de langues locales et étrangères - renforça l´autonomie, mais aussi la discipline (le moindre détournement était immédiatement sanctionné) dans les coopératives. Puis, par sa rigueur et son honnêteté, il attira le soutien des organismes de coopération de plusieurs pays. Ce fut
l’époque de gloire des Coopac. J´ai eu l’honneur de participer, pendant une dizaine d´années, à ce projet.
Une autre version des faits accusait le Président de "corruption" mais cette affaire, ne concernant pas directement les coopératives,j’éviterai d´en parler (quelques années plus tard le Président, lui-même, fut assassiné par un membre de l´armée !).
Un obscur fonctionnaire du Ministère des Affaires Etrangères fut nommé Secrétaire d´Etat aux anciens combattants. C´était un homme courtois qui, bien que handicapé - il avait été gravement blessé au combat - imposait, dans son Ministère, un énorme respect aux fonctionnaires ainsi qu’aux anciens combattants qui venaient, chaque fin de mois, réclamer une assistance. Cet homme intelligent - qui parlait un grand nombre de langues locales et étrangères - renforça l´autonomie, mais aussi la discipline (le moindre détournement était immédiatement sanctionné) dans les coopératives. Puis, par sa rigueur et son honnêteté, il attira le soutien des organismes de coopération de plusieurs pays. Ce fut
l’époque de gloire des Coopac. J´ai eu l’honneur de participer, pendant une dizaine d´années, à ce projet.
30 décembre 2011
La Rosée
Un matin blême
j´ai trouvé sur le rosier
un petit poème
dans une goutte de rosée.
Le poème était un arc-en-ciel.
Mais le soleil, aïe !
me l´a enlevé.
j´ai trouvé sur le rosier
un petit poème
dans une goutte de rosée.
Le poème était un arc-en-ciel.
Mais le soleil, aïe !
me l´a enlevé.
21 décembre 2011
Les Coopac II
Le travail dans les coopératives Coopac m’a donné beaucoup de satisfactions morales. J’utilisais, pour la première fois, mon expérience professionnelle dans un but social et vraiment utile.
Pour créer des coopératives pour les anciens combattants, il fallait concevoir des projets, les présenter aux éventuels financiers, faire la liste des matériels et des matériaux, les commander en Europe, former des équipes et mettre en marche le projet. L´Etat bissau-guinéen fournissait le terrain et d´anciens locaux militaires portugais que nous adaptions à nos besoins.
Comment avec des anciens guérilleros, dont les trois-quarts étaient illettrés et qui n’avaient jamais travaillé, créer des unités de production rentables ? C’était un défi sans précédents ! D’autant plus que tous ces "apprentis" adultes, que nous formions "sur-le-tas", recevaient un salaire de leur propre coopérative.
Nous avons créé un magasin central et un centre de gestion qui formait des comptables-gestionnaires pour les coopératives - chacune bénéficiait d´un responsable administratif -. Puis nous avons passé un accord avec une ONG, qui avait besoin de monnaie locale pour ses frais généraux, pour qu’elle nous fournisse, en échange de nos pesos non convertibles, les intrants importés et matériels indispensables au fonctionnement de nos unités. C’était, en partie, la clé de notre réussite.
Avec seulement un ou deux artisans qualifiés, par unité, pour diriger et enseigner le "savoir-faire", la demande de services fut tellement grande que les coopératives devinrent, très vite, rentables.
14 décembre 2011
Les Coopac I
J´ai commencé à travailler, avec un contrat local, au Secrétariat des Combattants de la Liberté de la Patrie. C´est-à-dire le Ministère qui s´occupait d´apporter une assistance aux anciens guérilleros. Ils recevaient une petite pension et, surtout, une aide en riz subventionné. Un sac par mois. Mais le gouvernement, dont tous les membres étaient des anciens combattants, désirait insérer ces hommes, encore jeunes, dans la vie productive. Le projet de notre ami Ruy Rodrigues da Silva était de créer, avec des financements extérieurs, des coopératives de production. Ma mission, dans un premier temps, était d’apporter mon expérience technique sur le terrain.
Mon premier chantier fut la construction de logements pour les membres d’une coopérative agricole proche de la capitale. C’était une expérience intéressante où, le défi, était de construire des maisons avec des matériaux 1ocaux. Néanmoins les fondations étaient en béton armé et les murs en briques de terre mélangée avec 7% de ciment importé (méthode appelée Sinva-ram). La toiture devait, pour satisfaire l’ONG qui finançait le projet, être en paille bien qu’il faille l´acheter à 100 km de là et qu’elle soit périssable. Des tôles galvanisées auraient coûté moins cher tout en protégeant mieux les habitants des pluies diluviennes. Mais ce n’était pas assez écologique. Je devais, comme toujours, m´adapter aux exigences de ceux qui payaient. Si l’intelligence des concepteurs de projets pour l´Afrique était aussi grande que leurs certitudes, il y a des décennies que l’Afrique n´aurait plus besoin de l´aide des blancs !
11 décembre 2011
Je pourrais aussi vous parler de mon âme
Je pourrais vous parler de guerre
des morts en Afrique ou en Irak
du chômage en France des sans abri.
Je pourrais vous parler du gâchis
des inondations des incendies
de la sécheresse et de la messe
du CAC-40 et du couac 2040
(la fin annoncée du pétrole bon marché)
mais aucun éditeur de poésie
ne voudrait de mon poème
toton tontaine, que nenni !
Pourquoi parler de choses vilaines ?
Raconte-moi ton âme profonde
et parle d´oiseaux et de fontaines
et tu n´auras que des amis, poète,
toton tontaine, et quels amis !...
des morts en Afrique ou en Irak
du chômage en France des sans abri.
Je pourrais vous parler du gâchis
des inondations des incendies
de la sécheresse et de la messe
du CAC-40 et du couac 2040
(la fin annoncée du pétrole bon marché)
mais aucun éditeur de poésie
ne voudrait de mon poème
toton tontaine, que nenni !
Pourquoi parler de choses vilaines ?
Raconte-moi ton âme profonde
et parle d´oiseaux et de fontaines
et tu n´auras que des amis, poète,
toton tontaine, et quels amis !...
04 décembre 2011
La fin de mon contrat...
Après avoir terminé le montage de trois usines : une de fabrication d’oxygène, une d’acétylène et une troisième de voiture FAF (version artisanale de la Méhari Citroën) la société qui m’employait eut de sérieuses difficultés avec l’Etat Français. Pour bénéficier d’une assurance "Coface", elle avait fait une fausse déclaration sur l’origine des machines de l´usine d’oxygène et d’acétylène. La Coface
n’assure, contre les risques de non-paiement par l’acheteur (ce qui est fréquent en Afrique !), que le matériel français. Bien que n’étant pas directement concerné par cette affaire je me suis retrouvé, en tant que responsable local, dans l’oeil du cyclone : je perdis ma place et la société, malgré de réelles compétences, fut condamnée à la faillite.Mon épouse, étant alors fonctionnaire des Affaires Etrangères à l´Ambassade de Bissau je devais, forcément, trouver un nouvel emploi sur place. Tous les blancs qui travaillaient, en Guinée-Bissau, avaient un contrat de leur pays d´origine. J’ai néanmoins présenté ma candidature pour un projet du PNUD. Le responsable d’alors étant italien se fut un groupe italien qui fut choisi - en vain car le projet ne fut jamais réalisé -. L´angoisse du chômage recommençait à me torturer. Ce fut alors que dans un cocktail de l’Ambassade, Monique rencontra un Franco-Brésilien qui cherchait, pour un projet de coopératives, un ingénieur. Encore une fois, une rencontre occasionnelle changea le cours de ma vie. C’est suite à son intervention que nous sommes restés quelques années de plus à Bissau et que, plus tard, nous sommes allés vivre au Brésil.
01 décembre 2011
Ils vont et ils viennent la nuit
Les automobiles roulent fatiguées.
Un enfant appelle sa mère.
L´ascenseur cliquette péniblement
dans la nuit épaisse du lundi.
Un enfant appelle sa mère.
L´ascenseur cliquette péniblement
dans la nuit épaisse du lundi.
22 novembre 2011
Courant d'air
Il venait il partait
comme un courant d'air
il manquait pas d'air
avec son air important.
Moi, qui ne cours jamais,
j'avais l'air de ne pas bouger
et j'avoue que j'en menais pas large
chaque fois qu'il me disait
de me dépêcher
pour rattraper
les mauvaises années.
Puis un jour il manqua d'air
pour son déjeuner
et maintenant il est sous terre
immobile dans son cercueil
il n'est plus pressé :
le temps l'a rattrapé...
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