21 septembre 2011

Le travail en Guinée-Bissau !

Avant de connaître l’Afrique je n´avais vu des Ministres et des Ambassadeurs qu’à la télévision ou au cinéma. Dès le jour de mon arrivée je rencontrais le Ministre du Commerce et de l´Artisanat de la Guinée- Bissau. C’était un petit homme, très tendu et autoritaire, qui savait se faire respecter. C’était lui qui avait commandé la construction des usines et il suivait, attentivement, le déroulement des opérations de montage. Quand il y avait un blocage administratif, c’est lui que j’allais voir et en deux coups de téléphone le problème était résolu. Pendant la guerre d’indépendance - qui dura 11 ans - il était chargé, depuis la Guinée Conakry, de l´approvisionnement des guérilleros.

Il me raconta un jour que la frontière, étant très contrôlée par l´armée portugaise, les transporteurs refusèrent de livrer le ravitaillement. Il prit, alors, le commandement de la colonne et les amena, malgré les mines et les patrouilles, jusqu’au campement des guérilleros. De retour à la base, en Guinée Conakry, il réunit le groupe de ravitailleurs et leur dit : "Si moi j’ai pu passer, vous pouvez aussi le faire !". Il ajouta, à mon intention : "J’ai été formé par les Français !".

Plus tard il fit également construire une usine de montage de voitures Citroën. J’ai acheté l’un des premiers prototypes. Nous avons roulé sur toutes les pistes du pays avec notre FAF, jusqu´à notre départ.



Il essaya aussi de relancer le chantier naval à l’abandon, le commerce de cajou et de bois. C’était, sans aucun doute, l’un des Ministres les plus entreprenants. Il fut remercié par une condamnation à dix ans de prison

13 septembre 2011

Les chats et le patron

J´ai besoin de quelques chats
pour préserver mes sacs de grain,
mais si les chats sont trop gras
les souris continueront leur festin.

C´est ainsi que le meunier apprécie ses employés :

Il affirme qu´un ouvrier trop payé, aïe !
Il n´a plus envie de travailler.

11 septembre 2011

Le chômage....

Encore aujourd’hui j’en parle avec une certaine honte. Partout où j’ai vécu : à Buenos Aires, à Paris, à Stockholm, à Bissau j´ai trouvé des emplois intéressants et correctement payés. En 1977 il y avait "seulement" 500.000 chômeurs en France (il y en a dix fois plus aujourd’hui). J’avais 47 ans et j’étais déjà trop vieux pour trouver un emploi ! Les lettres et les C.V. que j´envoyais ne recevaient même pas de réponse !

A l´époque les chômeurs devaient pointer chaque semaine à l´ANPE. Chaque fois je demandais à parler à un responsable. Après quelques mois ils se cachaient pour ne pas me rencontrer. J’étais trop jeune pour prendre ma retraite et trop vieux pour travailler !!! Alors comment survivre ? Ils n’avaient pas de réponse satisfaisante à cette question embarrassante...

Avec l’accord de Monique, je commençais à prospecter à l´étranger. Je cherchais un travail en Amérique Latine et j’en ai trouvé un en Afrique. Une entreprise parisienne cherchait un ingénieur pour diriger le montage d’une usine d’oxygène et une d’acétylène, avec un contrat de trois mois ! A Buenos Aires j’avais dirigé un chantier et j’avais travaillé, sept ans, en Suède dans ce domaine industriel. Je me présentais à Paris et je fus immédiatement recruté et envoyé en Guinée-Bissau. Ce travail n’était pas l’enfer, mais c’était très proche !

Après trois mois d’essai on me proposa un contrat permanent. J’ai dirigé ensuite, dans des conditions particulièrement difficiles, le montage d’une troisième usine et, plus tard, celui d’une douzaine de coopératives pendant 13 ans. Je n’étais plus trop vieux !...

05 septembre 2011

L’immobilier à Antibes...


L’hôtellerie et l’mmobilier étaient les deux grandes sources d’emploi sur la Côte d´Azur. L’art n’en bénéficiait guère.

Ce fut néanmoins une rencontre amicale, à travers la galerie, qui prolongea notre séjour à Antibes. Une charmante peintre "naïve" visita la galerie, accompagnée de son mari promoteur immobilier et ils devinrent, par la suite, d´excellents amis. Informé de nos difficultés, le mari m´employa comme vendeur. J´appris avec lui tous les secrets de ce métier à risque. Plus tard, cette expérience nous permit de faire d’excellentes affaires.

Contrairement à ce qu´on pense, les marges de bénéfices du promoteur restaient assez modestes. Par contre les banques et les financiers privés, avec un minimum de risques, multipliaient en quelques mois leurs investissements. Il suffisait alors d’avoir un terrain bien placé, un grand panneau et quelques prospectus pour vendre "sur plan" les appartements à crédit. C´est le client qui finançait l´opéra-tion ! Cette époque d’or cessa avec la première crise pétrolière en 1974. Dès lors il fallut construire pour vendre et la concurrence était très dure. Plus on tardait à vendre plus chers devenaient les logements - donc plus difficiles à vendre - car il fallait ajouter au coût, les intérêts du prêt des banques. Bientôt il n´y eut plus que les banques qui, pour placer leurs énormes bénéfices, firent de la promotion immobilière, avec l´assistance, rémunérée, d´anciens promoteurs.

Ce fut alors que je quittais mon travail de vendeur dans l´immobilier, pour diriger les travaux de transformation de la galerie en restaurant.

01 septembre 2011

Galerie Art Club II


Art Club était devenu, pour les étrangers de la Côte, un lieu de rencontre où les artistes et les simples visiteurs étaient bien accueillis. Certains, quarante ans après, sont restés nos bons amis. Mais nous ne vendions pas assez pour assurer les frais. Nous faisions des expositions du mois de mai jusqu´en septembre. Pendant la saison, c´était un travail qui commençait à 7 heures du matin et qui finissait à minuit. Monique s´occupait de la maison, des courses et de la cuisine et moi de la galerie, des clients et surtout des angoisses existentielles des artistes. C´était parfois épuisant, mais toujours intéressant.

Ce qui l’était moins c’est, qu’en hiver, Monique devait trouver des emplois intérimaires de secrétaire, mal payés, pour que nous puissions assumer les frais généraux, dont les impôts qui augmentaient chaque année, bien que notre chiffre d´affaires fut stationnaire. Je dus, moi-même, prendre un emploi à plein temps, mais bientôt mon salaire n’arrivait plus à couvrir les frais de la galerie. La banque nous refusa un prêt. Nous devions 3.000 francs aux impôts et nous ne savions pas comment les payer. Le racket de l’Etat, aux petits commerçants, ne tenait pas compte de l’animation culturelle qu´apportaient nos expositions à la ville. Pour pouvoir continuer nos activités à Antibes, nous ‘avons pensé ouvrir un restaurant. Ça ne fit qu’accélérer notre perte !

Parmi nos amis il y avait un homme d´affaires, parisien, qui nous proposa une association. Ce n´est que trop tard que nous avons appris que c´était un escroc ! Nous avons pu payer notre dette au Trésor Public, certes, mais nous avons perdu notre galerie...

20 août 2011

La galerie Art Club I


Nous avons conçu la galerie Art Club sur une idée simple : les artistes suédois que nous connaissions souhaitaient faire une exposition en France. Par ailleurs tous les suédois désiraient passer leurs vacances au bord de la Méditerranée. Nous avons donc créé une galerie-auberge où, pour le prix d´un modeste hôtel provincial, on pouvait faire une exposition et passer trois semaines agréables au bord de la mer. L´idée, en soi, n´était pas mauvaise et nous avons fait le plein, pendant plusieurs années, tout en ayant un bon niveau d´expositions.

Nous avons pu, également, exposer quelques bons artistes français de la Côte d’Azur. En peu de temps notre galerie était devenue un lieu de rencontre international. Un soir, autour de notre table, nous avions des Suédois, des Polonais, un Autrichien, des Français et tous parlaient le suédois, sauf une amie journaliste de Nice-Matin.

Grâce à l´amitié d´artistes comme Michel Gaudet et Emile Marzé nous avons pu présenter, dans le salon de Haut-de-Cagnes et à la Biennale de Menton une sélection de nos meilleurs peintres suédois. Par contre nous n’avons pas pu exposer les artistes, des Alpes-Maritimes, dans notre galerie à Stockholm. Nous avions une clientèle de collectionneurs plutôt intéressée par les surréalistes et l´art fantastique. L´art abstrait, géométrique ou non, que pratiquaient beaucoup d´artistes français ne marchait pas en Suède. Les quelques artistes surréalistes de la Côte exposaient tous dans une bonne galerie à Vence..

Nous n’avions pas les moyens de leur faire la concurrence. Les tableaux que nous exposions se vendaient bien en Suède mais mal à Antibes !




15 août 2011

Le monde de l´art...

Aucune personne sensée peut imaginer vivre, aujourd’hui, d´une galerie d’art moderne sans disposer d´un énorme capital d´’oeuvres cotées et de relations amicales parmi les nouveaux riches. Les connaissances en art, le flair, la sensibilité, tout ça c’est de la littérature ! Les artistes, les critiques d’art, la presse, les musées, tous s’achètent pour pas cher ! La cote des artistes se fait, comme tout le monde le sait (!!!), dans les ventes aux enchères à New York. Quand un marchand possède quelques centaines d´oeuvres d´un artiste, il en met trois ou quatre dans une vente, chez un prestigieux et complaisant commissaire-priseur, et deux de ses agents se chargent de faire monter les prix. Quand ils arrivent à dix fois le prix payé à l´artiste, le marchand publie un luxueux catalogue et il organise, avec la complicité d’un directeur de musée, une grande exposition de prestige.
Le commissaire-priseur, lui, touche sa commission sur les ventes, le musée reçoit un don et l´artiste bénéficie, tout à coup, d´une forte renommée. Le marchand, quand ça marche, empoche quelques centaines de milliers de dollars (parfois même des millions...). Si ça ne marche pas il entrepose les tableaux dans un dépôt pour plus tard. L´artiste, s’íl veut conserver sa cote, ne vend plus rien et, s’il baisse ses prix, les mêmes journaux d´art qui l´encensaient s’empresseront de le démolir.

Tel est le marché de l´art contemporain ! Il n´a rien de poétique. Il est, comme toutes les modes, le résultat du travail d´habiles professionnels du marketing culturel. Les marchands ont pour réussir, le capital, leur talent de vendeurs et l´ignorance des collectionneurs..

09 août 2011

La pourriture


Baudelaire qui pourrissait du dedans
parlait avec une certaine jouissance de la pourriture
en connaissance de cause...

Je connais un poème qui parle
longuement méticuleusement
de la pourriture d'une orange.

J'ai vu un jour le cadavre pourrissant d'un cheval
au bord d'une belle rivière
au pied de la Cordillère des Andes
un porc en liberté le dévorait goulûment.

J'ai vu à la télévision des cadavres pourrissant
dans les tranchées
de multiples guerres coloniales organisées
par les gouvernements des pays les plus civilisés.

Pourtant
je ne trouverai certainement pas de revue de poésie
qui veuille dans l'état actuel de la culture occidentale
publier un poème sur la pourriture.

07 août 2011

Les poètes rêvent

Les poètes rêvent d'un monde meilleur
où les poètes seraient riches
admirés et aimés.

Les poètes rêvent d'un monde
où leur poésie serait éditée
distribuée et même parfois achetée
par des lecteurs de poésie.

C'est le propre de la poésie de rêver...

Mais c'est le propre de la réalité
de nous rappeler le goût amer du profit.

L'argent c'est le contraire de la poésie...

01 août 2011

La galerie Art Club !

Rue du Migrainier - une ruelle au cœur du vieil Antibes - nous avons acheté, en mai 1968, un ancien bistro, avec plusieurs chambres en annexes, pour créer notre galerie Art Club.

En Suède nous avions connu un jeune sculpteur cannois, Jean- Claude, qui nous proposa de s´occuper de l´aménagement de la galerie. Nous avions très peu d´argent. A part quelques cloisons en aggloméré, de la toile de jute sur les murs et quelques pots de peinture blanche nous avons gardé le cadre originel. Y compris le comptoir du bar et le vieux frigidaire en bois. Nous sommes retournés en Suède pour faire quelques économies supplémentaires pour l´aménagement. Nous y sommes restés jusqu´au printemps de 1969.

Nous avons acheté, avant notre départ, tous nos meubles à IKEA. Leurs meubles étaient démontables, d´excellente qualité et d´un esthétisme moderne.

A notre arrivée à Antibes les travaux n´étaient pas terminés. Jean-Claude avait recruté quelques hippies, qui traînaient sur le port, pour l´aider. L´ambiance était festive. Le soir Monique faisait des pâtes pour tout le monde et nous avions droit à leurs chansons. A la date prévue du vernissage nous étions prêts pour accueillir le premier artiste. Ce ne fut pas de tout repos !

Nous ne connaissions de lui que ses tableaux. Les tableaux étaient bien mais l´artiste, lui, était insupportable. C´est vrai qu´il avait quelques raisons d´être déçu. Malgré la distribution, sur toute la Côte, de son affiche nous avions très peu de visiteurs. Nous avons dû supporter, pendant trois longues semaines, sa mauvaise humeur !